L'Université de Paix
Au lendemain du Prix Nobel, Dominique Pire ne connaît plus un seul jour de bien-être moral. La tâche qu'il entrevoit est immense :
"Du monde entier m'arrivent des offres et des appels. Il ne m'est pas possible de rester sourd à aucune peine, si lointaine soit-elle. Des hommes m'écrivent : ils veulent travailler pour moi, faire des démarches, bâtir, aider. D'autres m'implorent : des désespérés, des fous, des pauvres, des ratés, des prisonniers libérés, des solitaires, des gens qui veulent adopter des orphelins. On me signale des misères collectives. Je voudrais y répondre, sans me laisser écraser par les " blocs ", cet éclatement du monde ! Vais-je tenter d'aider les réfugiés du Pakistan ? Vais-je frapper au Rideau de fer pour que la Pologne m'ouvre ? Ce que je veux affirmer, c'est que le Prix Nobel de la Paix ignore toutes les barrières. Comme la Paix elle-même. Partout les hommes de bonne volonté doivent se rapprocher, pour accomplir ensemble quelque chose. Je l'ai vu en Belgique. Des ouvriers socialistes, des francs-maçons, m'ont donné de l'argent, à moi, prêtre catholique, pour les Villages Européens. En France des paroisses protestantes ont eu le même geste. Chacun est venu, non pour son clan, sa nationalité, sa religion, mais pour les autres. Je lutte contre les barrières, contre les préjugés, les stéréotypes sociaux."
Bientôt, en
1959, l'occasion se présente de donner corps à cette aspiration à
cultiver la tolérance. Plusieurs centaines de lecteurs d'une revue
internationale réagissent à la lecture d'un article consacré à la
construction des Villages européens. Ils écrivent à Dominique Pire pour
lui proposer leurs bras sur ces chantiers. Les aspects techniques ayant
toujours été confiés à des professionnels, Dominique Pire n'a aucun
travail manuel à faire faire à ces correspondants. Néanmoins, pour ne
pas décevoir ces jeunes de bonne volonté, il leur propose de venir
passer trois semaines avec lui. Il leur promet d'envisager avec eux,
pendant ce temps, la manière dont ils pourraient servir l'humanité, et
particulièrement la paix. Une quarantaine d'entre eux acceptent et
rendez-vous est pris pour l'été 1960. Ainsi naît l'Université de Paix.
Son objectif : trouver et enseigner aux jeunes générations des manières et des moyens d'abolir les causes de la guerre. En s'occupant des personnes déplacées Dominique Pire a vu de si près les blessures de la guerre qu'il a en effet la volonté de s'attaquer aux racines du mal.
L'Université de Paix accueille des étudiants de toutes les nationalités, de tous les horizons philosophiques et confessionnels. "Nous partons, dans cette maison, du fait de la diversité, du pluralisme, du cloisonnement existant entre les hommes. Il serait trop facile de bâtir la paix s'ils étaient déjà semblables, a écrit Saint-Exupéry. Et d'ailleurs, étant donné les limites mêmes de la nature humaine, la diversité est une forme de richesse. Nous n'avons donc pas à chercher la paix par le nivellement mais nous la trouverons en établissant l'harmonie dans la diversité. On voit par là combien limitée et donc fausse est l'assimilation de la paix à une simple absence de guerre. La paix est une chose positive : c'est la création d'un climat de compréhension et de respect mutuels. Le but de cette Université de Paix est précisément de contribuer à la création de ce climat."
Au cours des sessions à l'Université de Paix, le public jeune et métissé vit tout d'abord l'expérience pratique de la cohabitation et du dialogue fraternel. Il reçoit et cultive également les enseignements de personnalités telles que le Pr Oppenheimer, le Pr Raymond Van der Elst, John Griffin, ...
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