Le contexte de l'action

Le choix de l'Inde pour l'installation d'une deuxième Ile de Paix n'est pas le fait du hasard, mais procède d'une démarche volontariste. En effet, une forte tension règne depuis 1947 entre l'Inde et le Pakistan oriental, où est née la première Ile de Paix.

 

En 1966, alors que l'Ile de Paix de Gohira s'approche de son indépendance et que l'équipe expatriée se prépare à se retirer, c'est tout naturellement vers l'Inde que se tourne Dominique Pire pour y fonder la deuxième Ile de Paix. Il rencontre Indira Ghandi et, suite à cette entrevue, Kalakad est choisie comme deuxième lieu d'implantation. Cette communauté villageoise est située dans l'extrême sud de l'Inde, dans une région plate, pauvre et sèche de l'Etat du Tamil Nadu. En 1968, l'équipe qui était encore active à Gohira un an plus tôt, s'installe à Kalakad. Le contexte d'action est différent, car un grand nombre de paysans ne disposent que de terres arides. Mais les deux Iles de Paix se ressemblent à plusieurs titres et Kalakad va largement profiter de l'expérience encore fraîche de sa grande sœur.

 

 

Environnement de l'Ile de Paix

 

La région suggérée par les autorités indiennes pour l'établissement de la deuxième Ile de Paix se trouve dans l'Etat de Madras, district de Tirunelveli, Panchayat Union de Kalakad. La zone s'étend sur 7.080 ha, dans une vaste plaine parsemée de quelques buttes rocheuses et bordée, à l'ouest, par la chaîne escarpée des "Ghatts" (chantés par Kipling). La petite ville de Kalakad, centre administratif du block, se love au creux du premier contrefort montagneux. Un visiteur pressé pourrait penser qu'il traverse un havre de bien-être et de paix, mais cette impression est trompeuse. La réalité est beaucoup moins idyllique. Le climat est chaud et sec, les précipitations inadaptées et irrégulières, les installations inadéquates et la solidarité souvent absente.


Les rivières sont asséchées en été et l'eau collectée dans de larges réservoirs (citernes) est vite épuisée. En raison de ce manque d'eau, seule une partie du territoire est cultivée, et uniquement durant la saison de la mousson, c'est-à-dire de décembre à mars. Le reste de l'année, les fermiers sont dépendants de quelques pluies irrégulières et de l'eau boueuse qui stagne au fond des citernes.


Ces difficultés sont encore aggravées par des inégalités foncières. De nombreux fermiers n'ont pas assez de terres pour nourrir leur famille et ils sont obligés de devenir métayers ou locataires, tandis que les plus pauvres d'entre eux travaillent comme coolie workers (salariés temporaires ou occasion0nels).

 

 

En fait, la situation n'est pas meilleure à Kalakad qu'elle ne l'était à Gohira lorsque l'on envisage la superficie moyenne des champs de riz par habitant et la situation alimentaire générale. Les rendements sont faibles ou médiocres et les populations parviennent juste à survivre.


Les services sociaux sont embryonnaires et les installations médicales, incapables de répondre aux besoins d'une population nombreuse, sous-alimentée, affectée par la tuberculose et par des maladies parasitaires et carentielles.


En 1972, l'Ile de Paix comprend sept communes et la population directement concernée est d'environ 20.000 personnes. La moitié des familles n'a pas de terres et est obligée soit de recourir au métayage en cédant jusqu'à 60% de la récolte aux propriétaires, soit de s'engager comme travailleurs journaliers, soit de tirer quelques revenus très modestes de l'artisanat.
Les premières années, le poste central de l'Ile de Paix comptera douze hectares de cultures d'essai, trois bungalows, un hôpital de trente lits, un centre social, un entrepôt, un bureau et un terrain de sports. Les responsables rayonneront quotidiennement de cette base vers les villages environnants.