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Notre histoire :

La genèse des Iles de Paix

Nous sommes en 1960, Dominique Pire a déjà derrière lui une longue histoire d'action efficace. Ce père dominicain, qui vient de passer la cinquantaine, est encore auréolé du prix Nobel de la Paix reçu en 1958 pour l'état d'esprit qui a animé son travail en faveur des "personnes déplacées" -on dirait aujourd'hui des réfugiés- dans une Europe bousculée par la seconde guerre mondiale.

Le gouvernement pakistanais a pensé que cet homme pourrait l'aider à régler le problème des milliers de réfugiés issus de la séparation de l'Inde britannique entre l'Inde hindouiste et le Pakistan musulman, à la suite de l'indépendance en 1947. Au cours de sa visite sur place, Dominique Pire est témoin d'un autre drame : le Pakistan oriental (l'actuel Bangladesh) est ravagé par un cyclone d'une intensité sans précédent. Tout est sinistré. Certes, il n'y avait déjà pas grand-chose avant, mais maintenant, le dénuement est à son comble. Plus grave encore, l'espoir d'un futur meilleur a disparu.

Dominique Pire est frappé par sa rencontre avec les sinistrés. La pensée des victimes ne le quitte plus. Il veut faire quelque chose pour ces gens. De retour en Belgique, il s'entoure des conseils de différents experts qui deviendront, par la suite, ses plus proches collaborateurs. La logique qui sous-tend sa démarche et son oeuvre tient en cette formule désormais célèbre :

"Agir sans savoir est une imprudence, savoir sans agir est une lâcheté."

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La philosophie de l'idée

Dans son intention de venir en aide aux sinistrés, Dominique Pire rejette l'idée d'envoyer une aide alimentaire et sanitaire d'urgence, comme on a déjà, à l'époque, coutume de le faire quelques fois en cas de catastrophe naturelle. Mais ce qui l'intéresse c'est ce que l'on pourra faire après la période de crise aiguë. Ailleurs, on dirait qu'il faut tout reconstruire, mais là, dans le delta du Gange et du Brahmapoûtre, il n'y a pas grand-chose à reconstruire. Au demeurant, il n'y a rien dans la région qui garantisse aux populations le retour, à terme, d'un semblant d'équilibre économique.

Le problème est donc énorme, démesuré, insoluble...

Toutefois, une idée germe bientôt des échanges entre Dominique Pire et ses trois proches conseillers, l'économiste Jacques Lefevre, l'agronome Vladimir Drachoussoff et le docteur Charles Dricot. "Et si on aidait un groupe d'hommes et de femmes à prendre son futur en mains jusqu'à ce qu'il puisse évoluer seul?" L'idée, toute simple, devrait être pratiquée à une échelle réduite pour que son exécution soit envisageable. C'est la naissance du principe du self-help, qui depuis a fait ses preuves à travers tous les projets des Iles de Paix, symbolisé plus tard par le proverbe de Confucius:

"Si tu donnes un poisson à un homme, il ne mangera qu'un jour. S'il apprend à pêcher, il mangera toute sa vie."

Rapidement, Dominique Pire envisage d'étendre son action. Son ouverture d'esprit, véritablement universelle, lui dicte de soulager son prochain mais, pour rien au monde, ni "pour rien au ciel...", il ne voudrait qu'on lui prête une arrière-pensée de récupération philosophique, culturelle ou religieuse. Sa démarche oecuménique se fonde, en effet, sur un respect profond des idées, des opinions, de la culture et de la religion des hommes et femmes qu'il a en face de lui. C'est le "dialogue fraternel", seconde pierre angulaire de l'action des Iles de Paix.

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Gohira, la première Ile de Paix

Avec des moyens très réduits et pratiquement sans garanties, Dominique Pire décide, en 1962, de lancer sa première Ile de Paix. Gohira, un site un peu en dehors du delta du Gange, est choisi pour son potentiel à long terme.

Sur place, nous voulons arriver à une efficacité réelle. Réaliser la mobilisation de toutes les forces vives existantes, pratiquer le self help, limiter notre aide à 5 ans et la pratiquer au niveau de l'Homme (individu dans son village)"

En mai 1967, toute l'équipe étrangère a quitté le Bengladesh, y laissant, entre autres signes de succès, trente huit coopératives. "Un seuil d'ébranlement, un point de non-retour ont été atteints dans l'esprit des habitants de l'Ile de Paix." La dynamique est autonome, de nouvelles coopératives voient le jour et, récompense suprême, la région de Gohira a pu se relever, par ses propres moyens, d'un autre cyclone et poursuivre son développement.

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