Ile de Paix de Yalogo (1982-1999)
Démarrée en 1982, l'Ile de Paix de Yalogo est la quatrième action de développement intégré de notre association. Après une quinzaine d'années de coopération intensive, nos partenaires ont, à l'aube de l'an 2000, relevé le défi de prendre leur destin en mains de manière autonome.
Le contexte
Yalogo est un village situé à 200 km au nord-est de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso Situé à la limite sud du Sahel. A priori, il bénéficie d'une situation avantageuse grâce à la présence d'un barrage, érigé en 1956 pour le passage d'une route, qui offre une réserve d'eau très importante pour la communauté.
A l'arrivée d'Iles de Paix, en 1982, la situation est pourtant critique. En effet, la présence d'un point d'eau permanent a entraîné l'installation de beaucoup de familles. Jadis petit village de brousse, Yalogo est rapidement devenu une bourgade importante. Paradoxalement, l'atout de Yalogo est devenu son point faible. Plus les gens s'installent, plus les conditions de vie se dégradent.
L'accroissement rapide de la population autour du lac a brisé un équilibre séculaire. La surexploitation des ressources agricoles selon des techniques ancestrales entraîne rapidement un appauvrissement des sols. Le désert avance. En outre, hormis pour l'abreuvement du bétail et la consommation humaine, les capacités productives du lac ne sont pas exploitées. Au contraire, les fortes crues de celui-ci en saison des pluies empêchent toute exploitation agricole aux abords directs du lac.
Le contenu de l'action
A Yalogo, la collaboration entre la population locale et Iles de Paix s'est articulée autour de quatre grands axes.
Un violet socio-sanitaire
Les premières années, afin de mieux se connaître mutuellement, la collaboration s'est concentrée sur le domaine socio-sanitaire, à travers des actions dont l'envergure est relativement limitée et qui privilégient les contacts directs. Dans cette perspective, les séances de formation et d'animation ont joué un grand rôle. Parallèlement, l'Ile de Paix a permis le renforcement des infrastructures locales: installation d'une pharmacie indépendante, construction de classes pour l'école primaire, creusement de puits, construction de postes de santé primaire dans les villages de brousse, réalisation d'une maison des femmes, etc.
Agriculture et environnement
Après ces premières expériences, l'axe central de la collaboration a pu être mieux cerné. En raison du rapide accroissement de la population, l'amélioration de l'agriculture et la protection de l'environnement étaient devenus vitales. Dans un premier temps, les actions se sont concentrées sur la lutte antiérosive par cordons pierreux, le reboisement et l'irrigation pour les cultures de contre-saison (maraîchage). Mais assez rapidement, la culture irriguée du riz s'est avérée être une solution idéale pour la région de Yalogo. Grâce à l'endiguement de périmètres sur les rives du lac, l'irrigation peut être contrôlée en saison des pluies sans risque d'inondation des cultures. Près de 200 hectares de terres ont ainsi été endiguées, répartis en huit périmètres.
Le soutien à l'élevage
Il a constitué une autre facette importante du travail d'Iles de Paix à Yalogo. Afin de diminuer la pression du bétail sur le lac, celui-ci a été ceinturé par cinq boulis, gigantesques mares artificielles qui servent de réserve d'eau pour la saison sèche. Ainsi, il n'est plus nécessaire de conduire le bétail chaque jour au lac, sur plusieurs kilomètres, pour l'abreuver. En outre, l'introduction du bœuf nigérien azaouak permet, petit à petit, l'amélioration des espèces locales, tandis que l'intensification de l'élevage est favorisée par la mise en place d'une filière d'approvisionnement en aliments pour bétail.
Renforcement des capacités et des dynamiques
C'est le quatrième objectif poursuivi à Yalogo. Il s'agit, par le biais d'animations, de formations spécialisées ou de simples sessions d'alphabétisation, de s'assurer que ces groupes disposent de toutes les compétences administratives, organisationnelles ou techniques pour garantir un fonctionnement durable des investissements communs (périmètres, boulis, etc.). Concrètement, cela s'est assez vite traduit par la prise en charge par les partenaires locaux de la gestion de certains aspects du programme, comme la formation des riziculteurs et le microcrédit pour les femmes.
Les résultats
Ce qui sans doute frappe le plus, à première vue, dans le travail effectué à Yalogo, ce sont les infrastructures : 200 hectares de périmètres rizicoles irrigués, 5 boulis, des dizaines de puits et forages, etc. La transformation physique de ce petit village de brousse est indéniable. Yalogo est maintenant devenue une bourgade relativement prospère. Avec l'apport annuel de près de 800 tonnes de riz sur le marché local, la situation alimentaire s'est nettement améliorée. Cela ne veut pas dire qu'on n'y connait plus la faim. Périodiquement, les années de déficit pluvial détériorent la situation, mais l'impact des périodes de crise est moins fort. D'ailleurs, l'importance régionale qu'a prise le marché de Yalogo est un signe évident que la localité a pu mettre en valeur avec un certain succès son potentiel de développement.
Pourtant, au-delà de ces améliorations notables de la qualité de vie, il y a un autre indicateur de succès, sans doute plus fondamental. En effet, depuis la fin des années 90, est apparue une modification profonde de la perception qu'ont les gens de Yalogo du rôle qu'ils peuvent tenir dans la sécurisation de leur propre existence. Ainsi, ils ont pris confiance en leur capacité de mettre en œuvre, de manière autonome, les actions qui visent à améliorer leur qualité de vie. En ce sens, ils ont démontré qu'ils n'avaient plus besoin de la présence d'Iles de Paix pour poursuivre leur processus de développement. Notre travail semble donc terminé.
|
Et après ?
L'équipe permanente d'Iles de Paix quitte Yalogo fin 99. Les différents groupements s'organisent pour poursuivre les activités ou en mettre en place de nouvelles. La formation reste l'une de leurs préoccupations principales. Ils continueront donc à investir dans ce domaine sous la conduite de la commission de formation qu'ils ont mis sur pied. Un groupement rizicole désire rehausser la digue de son périmètre.
Un programme de solidarité continuée a été établi par les paysans et Iles de Paix, sur base des attentes réciproques des deux partenaires dont les points forts sont la formation, l'évaluation, et la mise sur pied d'une Union des producteurs de riz, chargée de gérer les anciens équipements d'Iles de Paix dont les producteurs ont sollicité la cession. Les relations restent donc étroites. A partir du bureau régional d'Iles de Paix basé au Burkina, le contact est maintenu et des actions ponctuelles de soutien restent possibles, à la demande de la population.
En outre, les anciens membres de notre personnel ont souhaité poursuivre leur expérience commune. Ils ont mis sur pied une coopérative de services aux paysans de la région de Yalogo : fourniture d'intrants, atelier de réparation mécanique, petit secrétariat, location de matériel. Grâce à leur connaissance approfondie des problèmes rencontrés par les paysans, ils peuvent leur apporter une aide sur mesure. Ainsi, ils proposent des engrais adaptés aux différentes spéculations (riziculture, maraîchage, cultures pluviales) et entourent ces fournitures des conseils techniques d'application que les paysans ne trouvent pas chez les commerçants traditionnels.
