Publication: Recherche Action
La recherche action au service des organisations paysannes et des communautés africaines,
Olivier Genard, août 2009
Depuis la première décennie du développement (1960), plusieurs générations de techniciens se sont succédé dans les campagnes africaines pour lutter contre la pauvreté chronique des populations. Ainsi, de la logique du rattrapage économique et du transfert de compétence prévalant jusqu'à la moitié des années 1990, on est passé petit à petit aux méthodes d'appui dites participatives. Dans ce contexte, de nombreuses méthodes de travail ont été élaborées et testées pour associer le plus largement possible les populations défavorisées à la conception et à la mise en œuvre des projets visant l'amélioration de leur situation. Cependant, jusqu'à ce jour, les méthodes participatives laissent encore souvent les populations en marge des projets de développement sensés les aider.
Pourtant, dès les années 1980, plusieurs organisations d'appui au développement ont travaillé à la mise au point de nouvelles méthodes visant à rendre aux populations rurales africaines leur rôle central d'acteurs de leur propre développement. Ainsi, lors de mon passage au Sénégal de 1995 à 1997, j'ai été particulièrement intéressé par les expériences qui étaient conduites par l'équipe d'Enda Graf pour développer et diffuser la méthode de la recherche-action. C'est en m'inspirant de ces expériences que j'ai par la suite testé et promu cette méthode dans les campagnes du Burkina Faso.
Pour accompagner les organisations paysannes qui ont tenté l'expérience de la recherche-action, je me suis appuyé sur plusieurs ouvrages qui traitent de cette méthode de travail. Certains d'entre eux, comme "Ecole aux champs" d'Hugues Dupriez[1] ou "La ressource humaine, avenir des terroirs" d'Emmanuel Seyni N'Dione[2], ont constitué pour moi des documents de référence très précieux. Toutefois, dès que je me suis intéressé à cette méthode, j'ai constaté qu'il n'existait pas de guide présentant de façon pratique et complète le cheminement type d'une recherche-action en milieu rural africain. C'est donc cette lacune que j'ai essayé de combler en rédigeant le présent document.
La présentation de la méthode de la recherche-action que je propose dans cet ouvrage s'appuie sur une douzaine d'expériences que j'ai vécues de près dans le cadre de mes activités au Burkina Faso entre 1998 et 2005. Les premières expériences conduites dans le département de Yalgo avec les groupements de riziculteurs ont rencontré des résultats mitigés, mais ces difficultés m'ont permis d'améliorer progressivement ma maîtrise de la méthode. En 2003, les recherches-actions entamées avec la communauté de Yamba m'ont définitivement convaincu de l'intérêt de cette méthode dans le contexte rural africain. En effet, en quelques mois, plusieurs groupes de paysans avec lesquels je collaborais sont arrivés à analyser des problèmes relativement complexes auxquels était confrontée leur communauté. Des solutions valides ont été formulées et sont aujourd'hui mises en application.
La démarche ainsi que les outils qui sont présentés dans ce document constituent donc une synthèse des apprentissages que j'ai pu accumuler tout au long de ces expériences. Il ne s'agit évidemment pas d'une recette miracle et des améliorations de la méthode peuvent toujours être apportées. En effet, dans le domaine de l'accompagnement des dynamiques de développement, il faut souvent faire preuve d'originalité et d'inventivité pour atteindre son but. C'est d'ailleurs bien ce qui fait le charme de cette discipline.
Olivier Genard
Huánuco, Pérou - Août 2009
[1] DUPRIEZ, Hugues, Ecole aux champs, pour une démarche de communication, Paris : L'Harmattan, octobre 1999.
[2] N'DIONE, Emmanuel Seyni, La ressource humaine, avenir des terroirs : Recherches paysannes au Sénégal, Paris : Karthala - Enda Graf Sahel, 1995.
