Première Ile de Paix, la Raozan Thana Island of Peace Cooperative Association ou Ile de Paix de Gohira a été fondée en 1962 par Dominique Pire. Cinq ans plus tard, les Européens laissent la coopérative prendre son autonomie et quittent le Bangladesh.
Le Bangladesh
Grand comme cinq fois la Belgique, le Bangladesh fait surtout parler de lui lors des catastrophes naturelles dont il est régulièrement victime. En effet, le pays, situé au coeur des deltas du Gange et du Brahmapoutre, à l'est de l'Inde, est extrêmement plat et sujet à de violentes inondations en période de mousson (juin à octobre) ou de cyclone (avril-mai et septembre-novembre). C'est suite à une de ces inondations que Dominique Pire entame son travail d'appui au développement à Gohira, en 1962.
Malgré le développement économique rapide de ses voisins, les tigres de l'Asie du Sud Est, le Bangladesh reste actuellement un pays très pauvre, dont les activités principales sont l'agriculture et la pêche. La production de jute est une source de rentrée monétaire pour les ménages et le pays, dont elle représente la principale exportation.
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Le contexte de l'action
Gohira est situé à 25 kilomètres à l'est de Chittagong, une importante ville portuaire. En 1962, la situation y est fragile : la région se relève à peine d'importantes inondations, les conditions sanitaires sont précaires, la pression de la population sur les terres est élevée et la productivité de l'agriculture, principale source de revenus, reste faible parce que les propriétaires terriens, les landlords, prélèvent la moitié des récoltes aux exploitants.
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Le contenu de l'action
Dans ce contexte difficile, l'idée directrice de l'Ile de Paix fut d'amener la population à prendre confiance en ses moyens propres et conscience de ses responsabilités, en lui permettant de participer à quelques réalisations modestes. Les premiers succès entraînent de nouvelles initiatives, embrayant ainsi la population dans un processus progressif d'autodéveloppement. L'Ile de Paix de Gohira a concentré son action sur deux domaines.
- Sur le plan économique, l'amélioration de la productivité de l'agriculture a été atteinte à travers de nouvelles techniques agricoles, l'introduction de variétés de riz améliorées, l'utilisation d'engrais et d'insecticides et une meilleure gestion des techniques d'irrigation. Dans ce cadre, le crédit joue un rôle crucial. Le rendement du riz est ainsi passé, en quelques années, de 0.5 T/Ha à entre 4 et 5 T/Ha. Ce travail ne se limite pas seulement au riz. La production de piments, d'arachides, de pommes de terre bénéficie également des innovations introduites. Au début, les résistances sont vives. Il n'est en effet pas aisé, pour un petit exploitant, d'imaginer l'impact de ces nouvelles techniques s'il sait que, quoi qu'il en soit, la moitié de sa récolte reviendra au landlord. Toutefois, petit à petit et par l'exemple, la contagion touche toute la région.
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- Sur le plan social, le projet met l'accent sur l'émancipation féminine, en menant des actions dans les domaines de la santé, de l'artisanat, de l'éducation et de l'organisation coopérative. Plusieurs coopératives de femmes voient le jour. La formation y joue un rôle important. Deux centres forment en puériculture, hygiène, couture, ... des jeunes filles qui deviendront des relais dans leur communauté. Un petit dispensaire permet de donner les premiers soins et, surtout, de rentrer en contact avec les femmes.
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A Gohira, c'est l'esprit associatif qui est le moteur du développement. Un réseau de coopératives s'est créé; unis, les coopérateurs sont mieux armés pour se défendre et faire pression sur les landlords. L'Ile de Paix fournit l'assistance technique, la coopérative accorde des prêts et en surveille l'utilisation, les coopérateurs font le reste.
Les résultats
En cinq ans de présence à Gohira, le paysage a été radicalement modifié. Du point de vue physique, d'une part, l'appui apporté par l'Ile de Paix a permis l'augmentation de la productivité de la terre. En 1961, le rendement annuel d'un hectare de riz avoisine les 2 600 kilos. En 1966, avec la diffusion de nouvelles variétés et l'introduction d'une culture de printemps, ce rendement est passé à 3 620 kilos, soit une augmentation 40%. Avec la légère augmentation des superficies cultivées, la disponibilité de riz a augmenté de 66%. Cinq années plus tard, le rendement à l'hectare passait à 4 875 kilos, la quantité produite étant plus que doublée. Les cultures maraîchères ont également connu une explosion, passant de 49 à 602 Ha. Cet accroissement de la production agricole a permis à la population d'améliorer son alimentation, de constituer des réserves et de disposer de petites liquidités. En outre, les plus pauvres ont également bénéficié de la diminution des prix sur le marché, consécutive à la production plus importante.
Au delà des résultats matériels, il y a, d'autre part, l'impact psychosocial, qui est sans doute plus fondamental. Bien sûr, les premières années furent difficiles : poids de la tradition, manoeuvres des gros propriétaires terriens, attente de "cadeaux". Mais petit à petit, un réel ébranlement de la société a eu lieu. Le mouvement coopératif reposant sur le self-help a rencontré un très franc succès, à tel point que, fin 1998, la coopérative centrale regroupait 372 coopératives primaires pour 10 659 membres, ce qui est impressionnant au regard des 37 coopératives existantes au départ de l'équipe expatriée, trente ans plus tôt. Les 56 coopératives féminines sont particulièrement dynamiques.
Et après?
- 1972: Gohira après 5 ans d'autonomie
- 1977: Gohira après 10 ans d'autonomie
- 1992: Gohira après 25 ans d'autonomie
Références bibliographiques de cette section:
Drachoussoff, V. (1967) Les chantiers du dialogue, l'Ile de Paix de Gohira (Le Coeur ouvert sur le monde, Huy)
Schuffenecker, G. (1979) Une révolution tranquille (Fondation Dominique Pire, Huy)
Iles de Paix (1991), "Bangladesh, Gohira dans la tempête", Transitions n°12
Iles de Paix (1992), "Ile de Paix de Gohira, 25 ans d'autonomie", Transitions n°15