L'union de Gohira, division administrative du Thana de Raozan, est située à une trentaine de kilomètres à l'est de Chittagong, sur la route asphaltée menant vers les collines frontalières. En 1961, Gohira comptait 12 413 habitants sur quelque 14 km², soit 886 habitants par km². La population est majoritairement musulmane, mais également hindoue et bouddhiste.
Située dans une région absolument plate, à l'abri des raz de marée mais assez près de la mer pour que la marée se fasse sentir dans la Halda, la rivière, la région de Gohira est régulièrement victime d'inondations, impossibles à maîtriser sans un aménagement complexe du bassin de la Halda. En effet, les précipitations dues à la mousson sont particulièrement importantes; en quelques mois (de juin à août), près de 2 500mm de pluie tombe sur la région. Les précipitations annuelles moyennes avoisinent les 3 000mm.
Outre la densité de population et les calamités naturelles fréquentes, la région de Gohira est caractérisée, en 1962, par des conditions locales particulièrement difficiles :
- Un infrastructure insuffisante : L'habitat est fragile et malsain. En dehors de la dorsale Chittagong-Rangamati, il y a peu de voies carrossables et, par conséquent, la plupart des hameaux sont difficilement accessibles. Les infrastructures techniques, économiques, médicales et scolaires sont rares.
- Un régime foncier paralysant : Plus de la moitié de la population ne possède pas de terres et une bonne moitié des propriétaires n'en ont pas assez. De ce fait, le régime foncier le plus fréquent est le métayage, par lequel l'exploitant laisse 50% de la récolte au propriétaire et garde la responsabilité exclusive des améliorations éventuelles. Tout investissement est donc découragé.
- Des terres morcelées : Le manque de terres et le régime successoral musulman ont entraîné un morcellement excessif des exploitations. Plus de 60% des parcelles de riz ont moins d'un tiers d'hectare et plus de 90% moins d'un sixième. Il en résulte une très grande perte de terrain en diguettes, des difficultés de labour et des pertes de temps en déplacement.
- Un endettement généralisé, qui enferme la majorité de la population dans un cercle vicieux d'intérêts et d'emprunts dont elle ne sort presque jamais.
- Une pauvreté extrême, ne permettant ni d'améliorer l'outillage ni d'acheter d'engrais ou insecticides.
- Un état de santé déficient, faute de nourriture suffisante et équilibrée, d'hygiène et de soins.
- Un statut particulièrement rigoureux pour les femmes musulmanes, condamnées au voile et à la réclusion dès leur mariage, à 11 ou 12 ans.
- L'existence d'une classe privilégiée de parasitaires, propriétaires fonciers plus importants que les autres, industriels, hommes d'affaires ou hommes politiques exploitant les conditions de vie précaire de la population au sein d'un réseau de clientèle. Conscients que le développement risque de mettre à mal leur univers et leurs privilèges, ils s'attachent à dénigrer le travail de l'Ile de Paix.
Ces conditions marginales d'existence, la sous alimentation, l'impuissance devant le manque de terre et les cataclysmes naturels qui détruisent avec une impitoyable impartialité aussi bien les bonnes rizières que celles négligées, avaient eu pour effet l'émiettement social de la population, un manque flagrant de solidarité et d'entraide, un sentiment d'infériorité et une soumission envers les possédants, l'absence de toute dynamique de développement. La production agricole était insuffisante et hasardeuse, le gros bétail mal nourri, le petit élevage quasi inexistant.
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