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L'action économique de l'Ile de Paix de Gohira

L'objectif: l'amélioration de la production agricole

Sur le plan économique, l'objectif de l'Ile de Paix de Gohira était l'augmentation de la production agricole, d'une part en favorisant l'accès aux facteurs de production (équipements agricoles, crédit) et la réalisation d'investissements productifs, et d'autre part en améliorant les techniques agricoles. Un des objectifs concrets était l'introduction d'une seconde culture de riz. A travers la démonstration par l'exemple des avantages qu'on peut avoir à s'associer, le projet visait une dynamisation du mouvement coopératif qui, à travers un effet boule de neige, permettrait aux éléments les plus actifs de la région d'accéder à des responsabilités nouvelles et de se préparer à gérer les activités de l'Ile de Paix après le départ de l'équipe expatriée.

Les réalisations

L'agriculture

L'économie agricole de la région de Gohira est placée sous la double menace de la sécheresse et de l'inondation. La sécheresse peut être combattue par l'irrigation, mais l'inondation ne peut être ni évitée, ni même contrôlée, sans un aménagement intégral du bassin versant de la Halda (la rivière locale), tâche colossale hors de portée des moyens locaux ou de l'Ile de Paix. Dès lors, la seule politique possible était l'irrigation en saison sèche et l'adoption d'un calendrier cultural qui éviterait de devoir récolter au paroxysme de la mousson, de mi-juin à mi-août.

Avant 1962, la culture du riz, pourtant aliment de base et condition de survie, n'avait bénéficié d'aucune amélioration technologique. Il était simplement cultivé d'août à novembre, semé à la volée sur des terres peu entretenues, sans maîtrise de l'eau. Son rendement, entièrement dépendant de la pluviosité, s'estimait à entre 1 800 et 2 000 Kg/Ha de paddy (riz non décortiqué). Il couvrait les besoins alimentaires fondamentaux les bonnes années; pendant les mauvaises années, il fallait acheter du riz sur le marché ou supporter patiemment la faim.

Une des priorités de l'Ile de paix fut donc d'introduire une seconde culture du riz et d'améliorer les méthodes culturales.

Le développement d'une seconde culture de riz, le riz Aus, fut rendue possible grâce à l'irrigation. D'une part, l'Ile de Paix avançait aux coopératives le montant de la location de motopompes, fournies par le gouvernement et pouvant irriguer 40Ha. Le remboursement de cette avance devait constituer le fonds de roulement de la coopérative. D'autre part, elle a participé à l'érection de digues temporaires en terre et d'un réseau d'amenée. Sans un aménagement global du bassin de la Halda, la construction d'ouvrages durables était impossible. En outre, le travail de terrassement de ces limons meubles est facile et peu coûteux.

L'introduction du riz Aus se heurta pourtant à plusieurs difficultés :

En 1967, 2 880 familles cultivaient 886 Ha en riz Aus, avec une production complémentaire de plus de 3000 tonnes. Ce supplément de riz a permis d'améliorer l'alimentation de la population et lui a procuré des ressources monétaires appréciables.

Parallèlement à l'introduction du riz Aus, l'accent a été mis sur l'amélioration des techniques culturales pour le riz : emploi d'engrais, repiquage, lutte phytosanitaire. Très souvent, ce sont les paysans les plus entreprenants au niveau du riz Aus qui adoptèrent les nouvelles techniques. Le gouvernement souhaitait aussi améliorer les rendements à travers la mécanisation. Pourtant, l'Ile de Paix a freiné l'utilisation de motoculteurs comme alternative au labour attelé. En effet, le gouvernement louait les équipements importés à un coût fortement subsidié, ne tenant pas compte de la capacité locale d'entretien du matériel, ni des avantages inhérents au labour animal (production d'engrais, de protéines animales, ...). Cette pratique favorisait en fait les paysans riches au détriment des pauvres, qui risquaient de ne plus trouver d'attelage pour préparer leurs petites parcelles.

L'intensification du maraîchage a été un autre axe d'action de l'Ile de Paix de Gohira. Avant 1962, la culture de légumes était limitée à de trsè petits champs le long des rivières. La proximité d'une ville comme Chittagong rendait pourtant le maraîchage hautement profitable. Comme pour le riz Aus, l'organisation coopérative fut le levier de l'opération, l'Ile de Paix louant aux coopératives de petites motopompes pour irriguer les potagers. En outre, des pépiniéristes furent formés pour produire des plantules de nouveaux légumes. Une expérience d'irrigation par force animale (roue persanne) échoua parce que la population trouvait cette technique rétrograde par rapport aux motopompes. Pourtant, elle était économiquement bien plus avantageuse. Cette expérience illustre bien en quoi, parfois, une technologie qui semble appropriée n'est, en fait, pas adaptée.

L'élevage et la pêche

Plusieurs expériences d'intensification de l'élevage et de la pisciculture ont également été menées. Reposant sur l'octroi de crédits à travers la coopérative centrale, certaines activités, comme, par exemple, la production de lait, ont pu être dynamisées.

L'action coopérative

La structure coopérative était la base de l'action de l'Ile de Paix. L'Ile de Paix octroyait des prêts aux coopératives de producteurs pour réaliser des opérations productives (location de motopompes, ...) dont le remboursement devait constituer un premier fonds de roulement. Le démarrage fut lent - en 1962, aucune coopérative n'existait - et le taux de remboursement plafonna pendant plusieurs années à 33%. Le principe du self-help n'était pas encore très bien compris et la présence d'une équipe et de moyens étrangers représentait un incitant à la mendicité. Petit à petit, pourtant, ces coopératives naissantes ont été mises devant leurs responsabilités et, à partir de 1965, l'Ile de Paix cessa de jouer le rôle d'intermédiaire financier pour la location des motopompes aux services de l'Etat.

Une coopérative centrale fut mise sur pied, regroupant les coopératives primaires (37 en 1967); elle négocia directement avec les pouvoirs publics l'octroi de crédits pour ses membres. Ses dépenses courantes étaient en partie financées par les coopératives membres et en partie par des activités productrices propres (l'exploitation d'une liaison routière par autobus).

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