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Témoignages de Yalogo

Fin 1999, à la veille de notre départ de Yalogo, deux riziculteurs apportent leur témoignage sur la collaboration de plus de dix ans qui les a liés à l'Ile de Paix.

Pamoussa SIOGO, riziculteur, président de la commission formation

Pamoussa SIOGOPamoussa a 31 ans, il est riziculteur sur le périmètre de Kaonghin II et président de la "commission Formation". Par ailleurs, il représente les riziculteurs de Yalogo au sein de la filière riz de la FENOP, la fédération nationale des organisations paysannes. Dans ce cadre, il travaille avec ses collègues paysans à améliorer les filières de commercialisation du riz burkinabè.

Pamoussa, comment les gens de Yalogo ont-ils perçu l'Ile de Paix au début de son intervention ?

Bon, j'avais treize ans à l'époque... Mais ce dont je me souviens, c'est qu'on n'avait pas trop confiance. Nous nous demandions ce que le projet venait faire chez nous. Certains pensaient qu'il s'agissait de tromper les paysans ! Mais, petit à petit, les gens ont constaté que l'Ile de Paix réalisait dans la région beaucoup de choses très utiles aux producteurs et la méfiance a disparu.

Quelles réalisations en particulier ?

La création de routes, la lutte anti-érosive, l'amélioration des cultures traditionnelles et surtout, bien sûr, la création des premiers périmètres rizicoles qui sont devenus si importants pour la région maintenant.

Tout cela, c'est le travail de l'Ile de Paix ou celui des paysans ?

Le rôle d'Iles de Paix a été très important, par exemple pour les gros travaux comme la construction des digues. Il y a aussi tout le côté conscientisation des paysans. Les producteurs ont bien entendu beaucoup travaillé pour que tout cela voie le jour.

Quel est le rôle de la commission Formation à laquelle tu participes ?

Elle est chargée de définir le contenu des formations qui sont proposées aux producteurs. Actuellement, elles sont centrées sur le renouvellement des semences et l'amélioration des techniques de culture. Il s'agit de permettre une augmentation des rendements de la riziculture.

Pour la suite, nous travaillons sur trois autres sujets : rôle et attributions des membres des bureaux de groupement, gestion et comptabilité, alphabétisation des producteurs.

Déjà, on peut noter une meilleure gestion des caisses des groupements alors, que par le passé, cette gestion avait provoqué pas mal de problèmes et même de conflits.

A la veille du départ d'Iles de Paix, comment les gens réagissent-ils? Y aura-t-il du découragement ou au contraire un choc salutaire qui va amener les producteurs à prendre le relais?

Bien sûr, les gens sont un peu inquiets mais, petit à petit, ils comprennent qu'ils sont capables de prendre les choses en mains. En cas de difficultés, ils savent qu'ils pourront toujours demander de l'aide au bureau régional d'Iles de Paix.

En tous cas, on sent déjà que les gens s'organisent. Il y a de nombreuses réunions entre les responsables des huit groupements rizicoles. On discute beaucoup plus qu'avant et cela, c'est très positif.

Toi, personnellement, qu'est-ce que le projet t'a apporté de positif?

Du point de vue matériel, la chance d'exploiter une parcelle de riz et, grâce à cela, les moyens de développer mon activité d'élevage. En résumé, une très nette amélioration de mes conditions de vie.

J'ai aussi appris des choses très importantes : animer une réunion, par exemple, ou encore rencontrer des producteurs d'autres villages pour partager nos expériences et obtenir des éclaircissements sur certains problèmes de travail.

Comment résumer la collaboration de Yalogo avec les Iles de Paix?

Je crois que le projet nous a aidés à travailler plus efficacement pour améliorer nos conditions de vie, pour mieux assurer notre avenir. Grâce à l'Ile de paix, nous avons un peu tourné le dos à la misère.

A ton avis, est-ce que ces changements seront durables?

Je crois que c'est quelque chose qui va rester car nous avons appris à nous organiser et nous allons encore beaucoup progresser dans ce sens-là

Moore YAMEOGO, riziculteur, président du groupement rizicole de Yassou

Moore YAMEOGOMoore Yameogo est agriculteur et éleveur. A 51 ans, il est le président du groupement rizicole de Yassou qui a connu en 1998 des dégâts importants sur son périmètre suite à une crue centenaire du lac. Le groupement s'est mobilisé et a organisé les réparations, avec un petit appui méthodologique et financier de l'Ile de Paix. Avant de découvrir la riziculture irriguée, Moore se consacrait aux cultures pluviales traditionnelles et faisait déjà tout de même un peu de riz dans les bas-fonds, terres qui gardent un certain temps l'eau de la saison des pluies.

Comment s'est déroulé ton premier contact avec l'Ile de Paix?

Nous avons vu les périmètres rizicoles de nos voisins des villages d'à côté et cela nous a poussé à demander à participer nous aussi à ce programme. Quand on voit que le voisin a quelque chose d'important, cela donne l'envie de l'imiter.

Le village s'est donc organisé pour solliciter l'appui du projet tout en précisant que nous disposions d'un lieu qui nous semblait adéquat pour l'aménagement d'un périmètre. Les responsables de l'Ile de Paix sont venus nous rencontrer et voir notre terrain et c'est comme ça que la collaboration a débuté.

Quel bilan tires-tu de cette collaboration, positif ou négatif?

L'Ile de Paix nous a beaucoup apporté, notamment au niveau de la connaissance. Et surtout à travers toutes les réalisations concrètes qu'elles nous a permis de réaliser : riziculture irriguée, protection des cultures traditionnelles par des cordons pierreux, ...

Ces transformations seront-elles durables? Comment perçois-tu le prochain départ de l'Ile de Paix?

Je ne sais pas trop. Bien sûr nous allons faire le maximum, avec nos compétences et nos moyens, pour poursuivre le travail entamé ensemble, faire en sorte que les résultats obtenus soient durables.

Que représente pour toi la phase de solidarité continuée ?

C'est quelque chose qui nous rassure car nous avons eu très peur en apprenant la date du départ de l'Ile de Paix. Aujourd'hui, nous savons que nous pourrons encore compter sur une aide en cas de coup dur. Nous sommes soulagés de savoir que des gens pensent toujours à nous.

Quelles sont les difficultés que ton groupement doit encore affronter?

Nous avons un problème avec notre digue. Elle est un peu trop basse par rapport au niveau du lac, en période de crue. Nous avons d'ailleurs beaucoup travaillé cette année pour la relever et la consolider. Mais est-ce suffisant?

Nous sommes bien organisés et, techniquement, nous sommes au point pour encore entreprendre des travaux si c'est nécessaire. Mais nous n'aurons pas les moyens financiers pour louer des engins de chantier. Nous sommes à la recherche d'une aide à ce niveau auprès des services de l'Etat.

Personnellement, es-tu content du travail accompli par l'Ile de Paix?

J'applaudirais à deux mains si le projet annonçait qu'il prolonge son travail encore quinze ans ! D'un côté, donc, je regrette beaucoup le départ de l'Ile de Paix. Mais d'un autre côté, je sais bien aussi que ce ne serait pas très bon qu'elle reste éternellement dans la région. Nous devons nous prendre en charge...

 
 
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