L'objectif : conserver les ressources et optimiser leur exploitation
Aménagées sur des pentes souvent très escarpées en proie à une forte érosion, les cultures sont à Pangor extrêmement fragiles. Aux dégâts provoqués par l'érosion, s'ajoutent d'autres facteurs limitants : pratiques culturales non appropriées, manque de diversification et de rotation des cultures, appauvrissement des semences Au fil des années, les paysans avaient enregistré une diminution progressive de leurs rendements. A terme, c'est la poursuite des activités productives dans la région qui allait se trouver menacée, avec pour corollaire un risque accru d'émigration des populations.
L'objectif de l'Ile de Paix est de promouvoir une agriculture plus « compatible » qui soit régénératrice de l'écosystème et permettre d'atteindre une stabilisation voire une amélioration de la production.
C'est dans ce but qu'ont été menées toute une série d'actions conjointes : amélioration et conservation des semences, diversification des cultures, fertilisation des sols, protection et restauration des espaces agricoles, gestion des ressources en eau, meilleur accès à la terre.
Les réalisations
Amélioration et conservation des semences
La qualité médiocre et la dégénérescence des semences entraînent des productions nettement insuffisantes. Comme il est difficile et coûteux d'acquérir dans la région des semences améliorées, le mieux est de promouvoir une sélection des meilleures semences produites localement. C'est une démarche relativement fastidieuse dont on ne mesure qu'à terme le bénéfice. Elle a dans un premier temps suscité pas mal de scepticisme. Mais les expériences soutenues dans un certain de nombre de communautés et les excellents résultats qu'elles ont pu obtenir ont fait prendre conscience à un nombre grandissant de paysans du profit qu'ils pouvaient tirer de l'utilisation de semences sélectionnées.
Les mauvaises conditions de stockage des semences entraînent aussi leur appauvrissement. Pour remédier à cet état de chose, on a encouragé l'équipement des communautés en silos métalliques permettant une meilleure conservation des récoltes de haricots, fèves ou encore de blé (protection contre la putréfaction et les attaques des insectes ou rongeurs). Un petit atelier a été créé à Pangor pour que de tels silos puissent être produits sur place et des formations dispensées afin que les bénéficiaires puissent eux-mêmes s'en charger.
Dans le même ordre d'idées ont été construits des abris aérés (« verdeadores ») pour l'entreposage des pommes de terre et du maïs.
Diversification des cultures
La diversification des cultures est importante tant au niveau de l'amélioration du revenu paysan que de la préservation de la qualité des sols (grâce à la rotation). C'est pourquoi de nouvelles espèces et variétés (comme certaines pommes de terre ou encore la quinoa) ont été mises en exploitation sur des parcelles expérimentales avant que d'être répandues au sein des communautés.
Une action vigoureuse a également été menée dans le domaine de l'arboriculture, espèces forestières, mais surtout fruitières : mûre, grenade, agrumes, tomate... Dans certaines localités, comme à Malpote Chiriacu, nous avons soutenu la création de pépinières de production de jeunes plants. Ils sont dorénavant disponibles localement à de meilleurs prix et dès lors plus largement exploités.
La pépinière de Malpote Chiriacu a été aménagée sur un demi-hectare par un collectif d'une vingtaine de personnes à qui elle fournit des revenus d'appoint non négligeables.
Fertilisation des sols
Les prix élevés des fertilisants chimiques et leur usage parfois immodéré pèsent lourdement sur les coûts de production du paysan. La récupération et le traitement des résidus végétaux et animaux constituent une alternative intéressante tant d'un point de vue économique que dans une perspective de sauvegarde de l'environnement.
C'est pourquoi nous avons encouragé toute une série de pratiques, comme la production d'humus par la lombriculture, de fertilisants à base de végétaux fermentés et même de pesticides naturels. Ces substances sont utilisées par les paysans qui les produisent pour enrichir et traiter leurs parcelles. Et ces pratiques se sont développées à un point tel que des excédents sont dégagés qui peuvent être commercialisés (source de revenus supplémentaires pour nombre de communautés).
L'utilisation de fertilisants et d'engrais doit être adaptée aux caractéristiques physico-chimiques des sols et aux nécessités des cultures. Sur base de ces critères, l'équipe Iles de Paix a prélevé des échantillons de sols de la zone et a étudié leur composition, ce qui a permis de connaître l'état actuel des sols et de pouvoir ainsi recommander la quantité nécessaire et le type de fertilisants et d'engrais à utiliser pour telle ou telle culture.
Protection des espaces de culture
L'érosion due aux vents et aux eaux de ruissellement compromet la viabilité des cultures. C'est un des obstacles majeurs rencontrés par les paysans. C'est pourquoi nous avons beaucoup travaillé sur ce problème avec les communautés de Pangor.
Une des solutions est l'aménagement en terrasses des espaces de culture ou encore, solution moins onéreuse et plus généralisable aux petites exploitations, l'organisation des semis sur des mini-terrasses suivant les courbes de niveau.
D'autres procédés anti-érosifs ont été mis en oeuvre : plantation de rideaux forestiers coupe-vent et dépôts de matières végétales au pourtour des cultures, creusement de fossés de dérivation pour le drainage des eaux.
Gestion de l'eau et irrigation
Pour favoriser une exploitation optimale des points d'eau existants et contribuer ainsi à l'amélioration de la productivité des cultures, des systèmes de captage et d'irrigation ont été aménagés dans plusieurs communautés. Le procédé consiste à amener l'eau d'une source située en altitude à un réservoir de réception et de distribution construit en amont des cultures. Par le biais de la minga (travaux collectifs), les communautés s'investissent fortement dans la réalisation de ces équipements qui est chaque fois supervisée au niveau local par un tecnico campesino ayant reçu une formation en irrigation.
D'une manière générale, les techniques d'irrigation (gravitaire, goutte à goutte, par aspersion) sont vulgarisées dans les différentes communautés sur un nombre croissant de parcelles de culture, pépinières, potagers ou de serres.
Ce volet d'intervention concerne aussi, bien entendu, la protection des sources autour desquelles sont effectuées des reboisements qui empêchent leur assèchement et maintiennent les sols en faisant office "d'éponges".
Meilleur accès à la terre
Les superficies productives dont disposent les familles paysannes sont parfois très limitées. Dans certains cas, elles ne disposent d'aucune parcelle familiale, ce qui les oblige alors à s'organiser en groupes pour pouvoir accéder à la terre.
Elles peuvent dès lors obtenir une aide pour l'achat de terrains où elles entameront de nouvelles activités agricoles et d'élevage à un niveau associatif avec la participation des techniciens agricoles des organisations.
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