ILES DE PAIX Sud Infos Nord Focus Plan du site

Le système de crédit à Pangor

Le sens de la démarche

La mise en place d'un système de crédit populaire à Pangor se justifiait par la nécessité de renforcer les capacités collectives et individuelles d'investissements productifs, de revitaliser ainsi le tissu socio-économique de la région et de redonner une certaine estime de soi à des populations rurales largement négligées par les institutions financières conventionnelles.

Le (bon) fonctionnement d'un tel système peut justement établir ou rétablir un lien entre de telles institutions et des petits producteurs ruraux qu'elles ne considéraient pas auparavant comme des « clients » potentiels ou du moins rentables. Il est vrai que la gestion d'une multitude de petits crédits destinés qui plus est à des emprunteurs n'offrant a priori aucunes garanties financières peut apparaître excessivement lourde et par trop aléatoire.

Le système de crédit conçu et mis en oeuvre depuis 1996 à Pangor a permis de surmonter ces préventions. Soutenu par un fonds de garantie financé par les Iles de Paix, il associe étroitement une coopérative d'épargne et de crédit locale, basée à Riobamba, la capitale de la province. Celle-ci, n'encourant aucun risque tout en assumant la partie administrative du projet, a pu à loisir observer le comportement des populations rurales face à leurs obligations de remboursement. Et se convaincre qu'il y avait là un terreau favorable trop longtemps laissé en friche. Ce qui explique sa récente décision d'ouvrir au sein même de la paroisse de Pangor, dans la Casa Campesina, un guichet propre d'épargne et de crédit. Cette prise de relais assure une vraie pérennité au système de crédit que nous avons contribué à mettre en place. A partir du moment où les campesinos pourront effectivement dialoguer et traiter seuls avec des institutions financières, il reviendra aux Iles de Paix de dissoudre le système actuel ou de le transférer. Notre objectif aura été atteint : le rapprochement entre les acteurs locaux et l'existence d'un service financier accessible et durable contribuant au renforcement socio-économique d'une zone défavorisée.

Il importait aussi que les acteurs ruraux soient étroitement associés au fonctionnement du mécanisme de crédit. C'est pourquoi, les modalités de préparation des demandes et les conditions de réunion des cautions morales ou matérielles avaient été arrêtées en étroite concertation avec les responsables des communautés indiennes concernées et les fédérations paysannes. Le fonctionnement même du système implique à tous les niveaux la participation des acteurs locaux, comme en témoigne le cheminement d'une demande de crédit décrit ci-dessous.

Le fonctionnement du système

Le demandeur constitue un groupe solidaire (grupo solidario), composé de 3 à 5 personnes, lesquelles se portent collectivement garantes pour le remboursement du prêt.

La demande et le projet qu'elle vise à soutenir sont transmises à un comité local de crédit, où l'on retrouve un membre dirigeant de la communauté et un technicien paysan. Ce comité examine la crédibilité de la demande et la formule adéquatement.

Elle passe ensuite entre les mains du comité régional de crédit, puis est soumise au bureau de l'équipe Iles de Paix qui prépare également un échéancier de remboursements. En cas d'avis favorable, la Coopérative de Riobamba libère des sommes demandées.

Ce système peut évidemment paraître assez compliqué, quand on observe le nombre d'acteurs impliqués. Mais il faut garder à l'esprit un certain nombre d'éléments :

La politique des taux d'intérêt

Ces crédits ne sont pas des cadeaux déguisés : ils doivent être remboursés, et ce à des taux réalistes s'alignant à peu de choses près sur ceux pratiqués par les organismes financiers équatoriens. Il n'en reste pas moins que la politique des taux d'intérêt constitue un élément sensible du positionnement des institutions financières poursuivant une mission de développement. Taux du marché ou taux préférentiels : l'éternel dilemme. L'argent mobilisé à des fins lucratives, dans le cadre de processus de production, de transformation ou de commercialisation, constitue une ressource, parmi d'autres, ayant son coût et devant être rémunérée, tant du point de vue de la dépréciation de cette ressource dans le temps que de celui des frais de l'opérateur ayant mis cette ressource à la disposition de l'investisseur.

Cependant, la finalité de tous les investissements des « campesinos » pour lesquels des prêts sont octroyés n'est pas encore aujourd'hui la recherche d'un gain monétaire net ou d'un positionnement parmi des compétiteurs sur un marché ouvert, mais avant tout la réduction d'une insuffisance alimentaire ou, au mieux, la stabilisation de la sécurité alimentaire.

L'objectif des Iles de Paix est d'appuyer les efforts de la population pour accéder à un développement économique en prise, certes, avec les marchés et ouvert aux échanges extérieurs, mais qui demeurera un certain temps encore extrêmement fragile. Il faut donc mener une politique des taux d'intérêt extrêmement prudente.

L'important est d'encourager et d'appuyer les efforts productifs consentis par les populations, en s'assurant que celles-ci réalisent pleinement la valeur économique de la disponibilité de l'argent et le coût que représente la mise à disposition de celui-ci. Et que la rémunération y relative (l'intérêt) revête à leurs yeux un poids suffisamment significatif et en rapport avec leurs capacités matérielles.

Le bilan

Le bilan du fonctionnement de ce système de crédit est extrêmement encourageant. Fin 2001, après six ans d'exercice, plus de 1700 prêts, essentiellement orientés vers le développement de l'élevage (surtout) et de l'agriculture, avaient été consentis. Le taux de remboursement s'élevait à 98,5 %. La plupart des rares défauts de payement étaient dus à des situations de force majeure, et singulièrement aux ravages occasionnés par la perturbation climatique El Nino.

Ce résultat positif nous a incités à renforcer sensiblement notre fonds de crédit dès l'année 2001 afin de favoriser, en dehors du secteur strictement agropastoral, la création et le développement de nouvelles activités productives.

L'évolution des crédits octroyés

1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 Total
élevage 10 96 61 203 224 465 240 1299
agriculture 43 9 34 43 63 68 71 331
micro-entreprises - - - 2 1 33 4 40
irrigation - - - - - 19 - 19
acquisition de terrains - 1 2 2 3 7 22 37
Total 53 106 97 250 291 592 337 1726

>En savoir plus sur la formation à Pangor

 
 
 [infos] [sud] [nord] [focus] [plan du site] [accueil]

© 2000-2003 Les Iles de Paix ASBL - info@ilesdepaix.org - webmaster@ilesdepaix.org