A Pangor, l'organisation de formations au sein des communautés constitue l'axe majeur de l'intervention des Iles de Paix. Au premier rang de cet important volet, les programmes destinés à former des techniciens paysans (tecnicos campesinos), qui contribuent largement à diffuser dans les communautés de nouvelles pratiques de production. Sont par ailleurs organisés des séminaires destinés aux leaders locaux, des formations professionnelles pour les jeunes ou encore des cours de santé primaire à l'intention des femmes.
Les techniciens paysans
Issus de toutes les communautés et mandatés par celles-ci, les tecnicos campesinos sont dans la région les courroies de transmission du développement. Ils appliquent dans leurs propres exploitations les nouveaux savoirs qu'ils ont assimilés, concourent ainsi à les vulgariser et remplissent de plus en plus auprès des autres paysans une mission de conseil.
Avec le recul de quelques années, on peut affirmer qu'ils ont beaucoup contribué à l'appropriation par les populations de Pangor de ce qui est vraiment aujourd'hui leur propre projet de développement.
Les formations de tecnicos campesinos furent tout d'abord organisées en trois filières principales : agriculture, soins vétérinaires et élevage, matières administratives (suivi des dossiers de crédit). Cependant, dans le courant de l'année 2000, les modules tecnicos agricolas et veterinarios ont été fusionnés (tecnicos agro-pecuarios) afin d'assurer aux futurs diplômés davantage de polyvalence.
Chaque filière comprend trois niveaux répartis en autant d'années, chacune proposant six séminaires de deux jours organisés à tour de rôle dans différentes communautés. Il y a pour chacun des niveaux un programme prédéfini, mais le déroulement en est relativement souple, afin de s'adapter aux desiderata des participants et à leur niveau d'assimilation. Les techniques d'application, de restitution et de diffusion sont intégrées au sein des formations.
La méthodologie mise en uvre est adaptée au contexte local : on part de situations vécues sur le terrain, des problèmes rencontrés par les paysans et d'une réflexion sur ceux-ci. Et ce n'est que progressivement que se dessine la perspective plus globale permettant d'appréhender l'ensemble de la problématique productive rurale.
Voici à titre d'exemples, un aperçu des modules de formation qui sont proposés dans les différentes filières :
- tecnicos campesinos agro-pecuarios (TCAP) :
- volet agricole : caractéristiques et conservation des sols, traitement curatif des plantes, cycle de reproduction des cultures, fertilisation, horticulture, gestion financière d'une exploitation...
- volet élevage : parasites, premiers soins, prévention contre les affections les plus courantes, alimentation et suppléments vitaminiques, pâturages et fourrage...
- tecnicos campesinos administrativos (TCAd) :
- préparation et analyse d'un projet productif et d'une demande de crédit, gestion financière d'une activité, calculs de rentabilité, comptabilité de base, gestion d'un cycle de crédit...
En 1999, une autre filière a été créée pour la formation de tecnicos campesinos de Riego (TCR), qui aborde les techniques de gestion de l'eau : protection et exploitation des sources, irrigation et distribution domestique.
La même année, a été mise en place une seconde phase de formation d'un an qui peut être considérée comme un tronc commun. Elle permet aux techniciens des différentes filières de partager leurs savoirs et d'être ainsi mieux à même d'aborder tous les aspects de l'économie rurale qui, bien sûr, son étroitement liés. L'agriculteur-éleveur est concerné par un meilleur accès au crédit comme par le développement de l'irrigation.
Une troisième phase de formation est destinée aux tecnicos campesinos qui désirent approfondir davantage encore leurs connaissances et voir celles-ci reconnues par un titre officiel. Reconnaissance que les tecnicos veterinarios ont obtenu dès 1998, avant même l'organisation de cette troisième phase, ce qui leur a permis de se professionnaliser en obtenant une rétribution pour leurs interventions auprès des éleveurs. Cette étape d'approfondissement est confiée à des professeurs visiteurs des universités de Loja, Cuenca ou Quito, ce qui atteste de leur sérieux et du niveau de connaissances qu'ont pu atteindre nombre de tecnicos, qui sont à la base, il ne faut pas oublier, de simples paysans.
Il est clair que ces équipes techniques formées dans chacune des organisations de base de la parroquia de Pangor seront à la base d'une véritable dynamique dans le processus de développement local et garantiront, au-delà du retrait des Iles de Paix, la durabilité des progrès accomplis et la transmission des savoirs acquis.
Renforcer les leaders locaux
Depuis 1999, des séminaires sont organisés à l'intention des leaders locaux afin de renforcer leurs compétences en matière de représentation et d'organisation des groupes dont ils ont la charge. Ces séminaires s'adressent aux responsables de fédérations paysannes, de communautés, d'associations, de coopératives, de groupements de jeunes ou de femmes. Il s'agit d'assurer aux structures locales, qui sont naturellement très dynamiques, davantage encore de solidité, d'efficacité, de pouvoir de mobilisation.
La formation professionnelle des jeunes
A Pangor, beaucoup de jeunes n'ont pas un accès suffisant à la terre pour en vivre décemment et n'ont par ailleurs reçu qu'une formation scolaire et professionnelle très élémentaire. Ils sont dès lors relativement marginalisés au sein de leurs communautés et ceux qui choisissent d'émigrer vers les villes n'y trouvent que des occupations non-qualifiées mal rémunérées.
L'Ile de Paix de Pangor s'est toujours efforcée de soutenir les efforts des jeunes qui, malgré les difficultés, parviennent à s'organiser, à se regrouper pour mener en commun des activités productives ou même socioculturelles, comme la danse, la musique ou le théâtre. Activités qui concourent à mieux les insérer dans leurs communautés et à les faire reconnaître au sein des organisations qui les fédèrent.
Depuis la fin 2000, cette action a été renforcée par l'organisation d'une série de formations pratiques dans le cadre d'un petit programme de diversification professionnelle. Celui-ci s'adresse aussi bien aux jeunes qui désirent demeurer dans la région qu'à ceux qui finiront par gagner les villes, mais qui auront dès lors quelques atouts à faire valoir auprès de futurs employeurs.
Les quatre filières mises en place sont la coiffure, la maçonnerie, le tissage et l'informatique. Cette dernière cible, outre les jeunes, les responsables des organisations locales et les tecnicos campesinos, afin de leur ouvrir de nouvelles perspectives et de leur permettre de mieux accomplir les tâches dont ils sont chargés.
On pourrait ajouter à ces quatre formations, les programmes purement culturels, comme l'initiation à la fabrication d'instruments de musique ou les ateliers de théâtre et de musique traditionnelle, qui visent à une remise en valeur et à une réappropriation par les jeunes d'éléments parfois un peu oubliés de la culture locale.
Santé primaire
Des formations en santé primaire sont proposées aux femmes. Elles font la part belle à un rappel des pratiques (souvent perdues) de la médecine traditionnelle et des vertus des plantes locales. Ces formations ont notamment permis la création de petites parcelles vouées à la culture de plantes médicinales. Elles jouent aussi un rôle social non négligeable en offrant aux femmes un espace au sein duquel leur pouvoir de décision semble bien reconnu.
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