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TOL v47 - Juin 2000 : Bolama
Plancher sur son avenir

La recherche-action participative qui doit permettre aux artisans de Bolama de mieux cerner leur avenir et d'améliorer les aspects gestion et commercialisation de leurs activités poursuit son cours cahin-caha. Très retardée par la guerre civile et la période d'instabilité politique qui lui a succédé, elle a redémarré au début du mois de mars. Au ralenti, toutefois, car la situation du pays demeure extrêmement précaire en raison de l'opposition larvée entre le pouvoir politique nouvellement mis en place et la junte militaire qui a mené le combat contre l'ancien président et ses partisans. Bissau, la capitale, bruit de rumeurs et nul ne s'aventure à jurer que le pays est durablement sorti d'une zone de turbulences.

Se délocaliser ou pas ?

Le chantier naval de Bolama, fleuron du projet Iles de Paix, est concerné au premier chef par cette recherche-action. L'entreprise se porte plutôt bien, tout au moins son carnet de commande, mais ses artisans sont toujours tentés par une délocalisation sur Bissau, pour se rapprocher tout à la fois de leur clientèle et de leurs sources d'approvisionnent en matières premières.

Les charpentiers de BolamaIls ont donc, avec l'aide de l'ONG locale qui anime la recherche-action, rassemblés des éléments d'information qui doivent leur permettre de faire la balance entre les avantages comparatifs d'une délocalisation sur Bissau ou d'un maintien à Bolama de leurs activités.

Bien des éléments doivent être pris en considération : disponibilité et coût d'acquisition d'un site de production dans la capitale, coût social d'une délocalisation (logement, transports, déracinement des familles...), poids éventuellement augmenté de toute une série de charges (licences, impôts et taxes diverses), aléas inhérents au milieu urbain (criminalité, corruption..)?

A quoi s'ajoute le problème lancinant de la sécurité : si le chantier avait été installé sur Bissau, nul doute qu'il eût été, durant la guerre civile, détruit ou tout au moins pillé. Rien que cela mérite mûre réflexion !

Donnez-nous du bois !

Il paraît clair, en tout cas, qu'une installation à Bissau impliquerait la nécessité d'un gonflement sensible de la production en raison de frais de fonctionnement augmentés. Or, les charpentiers ne sont pas en mesure de produire plus d'une dizaine de bateaux par an et ils ne souhaitent pas particulièrement élargir leur équipe.

En réalité, le seul grave écueil auquel ils se heurtent actuellement est la difficulté de s'approvisionner en bois en raison de la paralysie d'un certain nombre de scieries. Si celle de Buba, qui n'est pas trop éloignée de Bolama, pouvait reprendre ses activités, il est probable que se dissiperait quelque peu le rêve d'un déménagement sur Bissau. Les Iles de Paix ont à ce propos lancé un ballon d'essai vers des professionnels belges du bois qui pourraient ou voudraient investir dans la reprise et le redémarrage de cette scierie. Cela constituerait évidemment une solution d'avenir.

Il ne faut pas, cependant, tirer de plan sur la comète et c'est la situation actuelle, telle qu'elle est, que les charpentiers analysent à la loupe. Par exemple, en affinant leurs calculs de coûts et de rentabilité pour chaque modèle de pirogue, en établissant un relevé de leur volume de production et de vente au cours des dernières années, en s'essayant à l'exercice de mise au point d'un plan d'exploitation, en cherchant comment il serait possible d'améliorer leurs méthodes de commercialisation.

Tout un travail de fond qui doit leur permettre à terme de professionnaliser encore leur entreprise et d'en affermir les bases afin qu'elle puisse durer et prospérer, y compris après le départ de l'équipe Iles de Paix, d'ici deux à trois ans maximum.

Diversification et débrouille

Tout en assurant sa tâche traditionnelle auprès du chantier naval, l'atelier mécanique de Bolama poursuit la diversification de ses activités et marque de nouveaux points dans la poursuite de son objectif d'autonomisation. Ferronnerie et fabrication métallique sont déjà à l'ordre du jour et de nouvelles pistes sont envisagées.

Il y a quelques semaines, deux de membres de l'atelier se sont rendus à Bissau pour sonder le marché des matières premières (disponibilité et prix) et la gamme des produits qui sont proposés à la vente (afin de s'en inspirer). Ils ont notamment découvert une astucieuse machine artisanale permettant de «décoller» les pneus de voiture. De retour à Bolama, ils en ont fabriqué une copie conforme.

La récupération tient en Afrique du grand art et l'atelier ne manque pas de la pratiquer. C'est ainsi que des lames de suspension d'un vieux camion ont permis la fabrication de grappins pour les pêcheurs de Bolama.

Depuis quelques mois, un des mécaniciens assure de petites réparations de matériel électrique et électronique. Cela va du fer à repasser au poste de radio en passant la yaourtière ou le percolateur.

En mars, l'atelier, qui veut aussi s'occuper des deux-roues, motorisées ou non, a fait l'acquisition de deux bicyclettes. Elles sont proposées en location à la journée.

Pour assurer le suivi et faire le bilan de toutes ces activités un livre de compte simple (entrées/sorties) a été instauré. Il assurera entre les artisans, dont certains ont leur domaine propre, un climat de saine transparence.

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