L'Ile de Paix de Pangor s'est engagée avec plusieurs partenaires équatoriens dans un programme de restauration des pistes qui relient les communautés de Pangor à la Panaméricaine, cet axe routier vital qui, du nord au sud, traverse les pays andins. Il ne s'agit pas de nous transformer en une entreprise de travaux publics, mais de contribuer dans la mesure de nos moyens au développement de la région et à l'amélioration des conditions de vie de ses populations.
Au départ, une banale affaire de camion...
C'est de la communauté de Malpote Chiriacu, un des premiers partenaires de l'Ile de Paix, que ce projet s'est peu à peu dessiné. Les techniciens agricoles de cette communauté exploitent depuis quelques années une pépinière de plants forestiers et fruitiers dont les activités ont pris au fil de temps une certaine ampleur. La clientèle strictement locale ne suffit plus à absorber sa production et depuis quelque temps déjà, les pépiniéristes sollicitent un appui pour l'acquisition d'un camion qui pourrait transporter leurs plants vers les grands marchés de la région. Nous avions accueilli cette demande avec réticence car nous doutions de la capacité de la pépinière à assumer la charge financière et l'amortissement d'un tel véhicule. Et puis, des camions et des transporteurs professionnels, il y en a dans la région, le problème est qu'ils répugnent à emprunter la route de Chiriacu, qui est plutôt une piste de cailloux très cassante, surtout quand la pluie et le ruissellement y creusent trous et crevasses. D'où l'idée qu'il suffirait sans doute d'améliorer l'état de la route pour apporter une solution durable aux producteurs de Malpote Chiriacu.
Voilà le point de départ à partir duquel la réflexion sur les problèmes de transport et de mobilité s'est élargie à l'ensemble de la paroisse de Pangor. Il est d'autres communautés, comme Ajospamba, plus enclavées encore que Malpote Chiriacu, dont les producteurs ne peuvent écouler leur récolte qu'en la transportant à dos d'homme ou d'âne jusqu'à la Panaméricaine. Ce que l'on ferait pour l'une, pourquoi ne le ferait-on pas pour d'autres ?
Un dialogue s'est dès lors noué avec la DCOCP, la plus importante fédération d'organisations paysannes de la paroisse, le service régional des routes et un certain nombre de transporteurs locaux. Il a abouti à la mise au point d'un important programme de réhabilitation des pistes sur l'ensemble de la zone de Pangor.
A chacun sa part
Nous allons donc, sur deux ans environ, traiter les chaussées endommagées afin de les rendre praticables en toutes saisons. Notamment, par l'enfouissement de buses transversales aux endroits de ruissellement, l'érection de murets de contention anti-éboulement dans certains virages litigieux, la réparation et le damage des tabliers.
Toutes ces tâches incomberaient normalement au service régional des routes, mais celui-ci manque cruellement de moyens, situation qu'a encore aggravée la crise financière qui frappe l'Etat équatorien depuis plusieurs années déjà. Ce service met toutefois à la disposition du projet les engins de chantier dont il dispose. L'Ile de Paix finance pour sa part le carburant et l'entretien des ces engins ainsi que l'achat des matériaux de construction nécessaires. Les communautés bénéficiaires apportent l'appui en main-d'oeuvre par une mobilisation de leurs membres : la traditionnelle minga ou travail collectif. Enfin, les transporteurs locaux se sont engagés à rétablir un service régulier dès que l'état des pistes serait amélioré.
L'entreprise est volontairement «raisonnable». Il n'est pas question, par exemple, d'asphalter ou de bétonner les pistes. Cela serait trop coûteux et nécessiterait par la suite un entretien lourd que ne pourraient supporter les communautés. Il importait que le réseau renouvelé puisse être géré et maintenu durablement dans un état acceptable par des interventions légères à la portée des collectivités locales, sans qu'il faille recourir à une aide extérieure. Ne pas générer dans l'avenir de nouvelles dépendances, tel est notre souci.
Faire route ensemble
L'ensemble du programme représente un investissement conséquent, de l'ordre de huit millions de nos francs. Cela peut paraître lourd, mais nous avons le sentiment de bâtir pour longtemps et de contribuer à créer des conditions favorables à un développement des activités économiques de toute la zone.
La démarche, surtout, nous paraît intéressante. Avec les gens de Chiriacu, nous avons découvert qu'un problème ciblé -un camion qui fait défaut- n'est souvent que la conséquence d'un autre problème plus fondamental -ici, un réseau de pistes déficient. C'est ce dernier qu'il importe de traiter. En l'occurrence, le camion qu'aurait acquis Malpote Chiriacu n'aurait pas fait de vieux os sur de mauvaises pistes et la communauté se serait vite trouvée confrontée à des problèmes financiers insolubles.
En creusant un peu plus loin encore, nous avons le sentiment que ce partenariat entre la fédération paysanne locale, les communautés et les services publics renforce la position de chacun et son statut d'interlocuteur avec lequel et sur lequel il faut compter. Ce sont des liens nouveaux qui se créent à travers une collaboration dont on peut espérer qu'elle ne restera pas sans lendemains.
Du «petit» problème rencontré par une pépinière communautaire, nous avons donc abouti à une entreprise qui va mobiliser toute une zone et favoriser, en la désenclavant, son développement économique tout en établissant entre les acteurs locaux des rapports dynamisants. Comme on le voit, cette opération «caminos» est bien plus qu'une banale intervention technique.
Essaimage des formationsLes formations de techniciens paysans (tecnicos campesinos) dispensées dans la paroisse de Pangor n'ont pas tardé à susciter en dehors de la zone un certain intérêt. Les nouvelles se répandent vite en région andine par le biais des rencontres et du bouche-à-oreille. Il est vrai que les tecnicos de Pangor ont bien mis en valeur leurs acquis et accompli autour d'eux un gros effort d'explication.
Nous avons décidé de répondre positivement à ces demandes en organisant « hors zone » toute une série de sessions de formation. La création en Equateur d'une nouvelle Ile de Paix n'est pas encore à l'ordre du jour. Néanmoins, nous posons sans aucun doute quelques jalons pour l'avenir. Marco, un membre du staff Ile de Paix, est chargé de ces formations extérieures. Il sera épaulé par des tecnicos de Pangor, qui deviendront donc à leur tour des formateurs. Cela correspond tout à fait à l'effet d'«ampliacion», d'essaimage que nous recherchions. A la différence de ce qui se passe à Pangor, où sont organisées des filières distinctes (agriculture, soins vétérinaire et élevage, administration et crédit) qui ne se réunissent en tronc commun qu'en troisième année, les nouvelles formations intégreront tous ces aspects afin que les techniciens soient d'emblée polyvalents et capables de prendre en compte tous les domaines de l'économie rurale. |
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Toujours est-il que des communautés extérieures à la paroisse (de Guamote, Tixan, Colta ou même Cuenca) ont sollicité l'Ile de Paix pour bénéficier elles aussi de ces formations.