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TOL v49 - Décembre 2000 : Burkina Faso
Trois projets, trois phases du partenariat

Une dizaine de jours dans le sillage d’une équipe de la RTBF, qui réalisait en ce mois de novembre un reportage sur les activités de notre antenne régionale de Fada N’Gourma, au Burkina Faso.

Cette mission fut l’occasion de vivre au rythme de trois partenariats et, à travers eux, de découvrir les trois phases successives que traverse un projet de développement des Iles de Paix : l’analyse concertée, l’appui intensif, la solidarité continuée. Pour rappel, l’antenne régionale de Fada, opérationnelle depuis près d’un an, a pour mission de soutenir des partenariats avec des groupes ou associations engagés dans des initiatives visant à renforcer la sécurité alimentaire des populations, de favoriser des échanges d’expériences entre organisations locales, de capitaliser et d’offrir toute une documentation et un ensemble d’expériences sur le développement rural et les actions concourant à une meilleure garantie de sécurité alimentaire. L’action de l’antenne n’est pas limitée au seul Burkina Faso, elle pourra à terme intervenir au nord du Bénin et du Togo, comme dans la région ouest du Niger.

Premier contrat

A Tensobentenga, chef-lieu du département du même nom, nous rencontrons les responsables de l’Association Song Taaba (Entraide), avec laquelle est officiellement signé, ce jour-là, un contrat d’accord portant sur une phase d’analyse concertée, premier pas pouvant amener, mais pas nécessairement, à un partenariat à long terme.

Signature à Tensobentenga d'un premier contrat de partenariat pour un ephase d'analyse concertéePendant six mois au moins, l’antenne de Fada et l’AST vont travailler de concert pour cerner les problèmes de la région et dégager des propositions qui pourraient leur apporter une solution. Parallèlement, seront déjà menées quelques petites actions concrètes propres à mobiliser les paysans et à enclencher entre l’association et les Iles de Paix une dynamique de collaboration.

Longtemps soutenue par une association de jeunes de la région d’Angers, Song Taaba fonctionne en solo depuis 1992. Elle est active sur quatre départements et regroupe plus de 4.000 adhérents. Elle mène notamment un important travail d’alphabétisation en assurant la formation de maîtres alphabétiseurs, au nombre desquels une importante proportion de femmes. Présidée par Djibril Yameogo, un jeune originaire de Tensobentenga et qui y a fait toutes ses classes, l’AST soutient aussi dans les villages une myriade d’initiatives socio-économiques : artisanat, aménagements hydrauliques, activités féminines, élevage, agriculture… Nous avons ainsi pu assister au spectaculaire renforcement d’une digue qui assurera au bétail une retenue d’eau permanente, vivre la récolte d’un champ d’arachides exploité collectivement par un groupe de femmes, visiter un réparateur de deux roues, dont la formation a été assurée par l’association, voir en pleine action un atelier féminin de fabrication de savons…

Song Taaba est manifestement une association très dynamique, qui n’a pas attendu un soutien extérieur pour entamer une action de grande ampleur et fédérer autour d’elle le monde paysan. Voilà a priori, pour les Iles de Paix, un partenaire potentiel plein d’intérêt. Vont se dérouler dans les prochains mois toute une série d’ateliers de réflexion et de voyages d’étude qui permettront à ce groupe de mieux cerner la problématique de la région et de définir sa stratégie d’intervention. A l’issue de tout ce processus, il sera possible d’envisager entre les Iles de Paix et Song Taaba les modalités d’une éventuelle collaboration à long terme.

Toute une région mobilisée

A Mahadaga, dans la région du Gobnangu, au sud-est du Burkina, l’étape de l’appui intensif est aujourd’hui clairement entamée. Cela fait près de deux ans que les Iles de Paix soutiennent le travail de l’association Tin Suani (Travaillons ensemble) et des unions de groupements qu’elle fédère.

petite leçon de maraïchage à MahadagaQuatre jours, ce n’était pas trop pour découvrir les multiples facettes d’une action qui porte aussi bien sur l’artisanat, la formation, l’agriculture que l’élevage ou l’aménagement rural.

Un des problèmes majeurs de la région, largement partagé par l’ensemble du pays, est la manque et l’irrégularité des pluies, qui compromet gravement le rendement des cultures traditionnelles vivrières. Deux commissions formées au sein de Tin Suani, semis et hydraulique, s’efforcent de surmonter cette difficulté. La première a entrepris tout un travail de fond pour sélectionner et acclimater des semences mieux adaptées aux nouvelles conditions climatiques que connaît la région. Ces semences sont testées par des paysans, ce qui permet d’obtenir des comparatifs de rendements. En cas de succès des nouvelles espèces, des réunions sont organisées dans les villages afin de diffuser aussi largement que possible leur utilisation. La commission hydraulique a de son côté piloté l’aménagement d’une vingtaine de puits, dont certains ont permis le développement, notamment par des groupements féminins, d’activités maraîchères. Etonnant de découvrir dans un environnement aussi aride de splendides parcelles d’oignons, d’aubergines ou encore de manioc. Mais, les grands chantiers de demain concerneront l’aménagement dans des bas-fonds de digues ou de petits barrages qui permettront d’y poursuivre les cultures au-delà de la courte saison des pluies. Une agence spécialisée a réalisé une étude sur une dizaine de sites, elle rend compte aujourd’hui de ses travaux aux paysans qui décideront des solutions à mettre en œuvre dans leurs villages respectifs.

Car c’est bien la participation et la responsabilisation des paysans qu’entend mettre au premier plan Tin Suani. En ce mois de décembre sont programmées les journées de l’association. Elles réuniront des représentants de tous les groupements villageois qui seront amenés à réfléchir ensemble sur toutes les problématiques de la région et à choisir en connaissance de cause quelles solutions ils entendent mettre en application. Tout un travail d’animation qui doit nourrir et impulser le processus de développement que s’apprêtent à engager les populations. Dans la région du Gobnangu, l’année 2001 sera, sans nul doute, l’occasion d’un grand pas en avant.

>en savoir plus sur Mahadaga

Etape à Yalogo

Le livre est désormais à l'honneur à Yalogo grâce au centre de lectureLa fin de voyage, ce fut l’émouvante étape à Yalogo, que les Iles de Paix ont quitté fin 1999 et où les paysans s’assument désormais seuls, tout en bénéficiant encore d’appuis ponctuels dans le cadre de la phase de solidarité continuée de notre projet.

Dans cette région située aux marches du Sahel, plus encore qu’à Mahadaga, une saison des pluies médiocre a durement touché les cultures traditionnelles de mil, de sorgho, de maïs… Les paysans ont donc plus que jamais mis le paquet sur la riziculture irriguée, qui s’avère décidément cruciale pour la sécurité alimentaire de la région. Nous sommes arrivés en pleine récolte du riz et les rendements s’annoncent exceptionnels, de l’ordre de cinq à six tonnes à l’hectare. Le maraîchage irrigué à partir de lac est aussi pour la région une planche de salut providentiel. Les dix-sept hectares exploités par le village de Boussancé sont à cet égard impressionnants. Là, c’est d’abord l’odeur de l’oignon qui vous remplit les narines et c’est merveille que de découvrir ces vastes parcelles d’un vert tendre qu’irrigue un ingénieux réseau de canaux entrecroisés.

Au cœur du village de Yalogo, l’ancienne base des Iles de Paix s’est reconvertie et fourmille d’activités. La coopérative de services créée par les anciens animateurs locaux du projet y a trouvé place, des locaux abritent les réunions et les formations organisées par les groupements rizicoles, un centre de lecture et d’animation culturelle reçoit adultes et enfants des écoles, tandis qu’un petit local est en voie d’aménagement pour accueillir - une première pour la région – une caisse d’épargne et de crédit.

On a le sentiment, à Yalogo, que la boucle est bouclée, que le tissu socio-économique local est apte à résister à l’usure du temps, que les populations ont pris en mains leur destin. On ne pouvait rêver plus belle étape que celle-là pour clôturer notre petit tour du Burkina Faso.

>en savoir plus sur Yalogo

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