Une dizaine de jours dans le sillage dune équipe de la RTBF, qui réalisait en ce mois de novembre un reportage sur les activités de notre antenne régionale de Fada NGourma, au Burkina Faso.
Cette mission fut loccasion de vivre au rythme de trois partenariats et, à travers eux, de découvrir les trois phases successives que traverse un projet de développement des Iles de Paix : lanalyse concertée, lappui intensif, la solidarité continuée. Pour rappel, lantenne régionale de Fada, opérationnelle depuis près dun an, a pour mission de soutenir des partenariats avec des groupes ou associations engagés dans des initiatives visant à renforcer la sécurité alimentaire des populations, de favoriser des échanges dexpériences entre organisations locales, de capitaliser et doffrir toute une documentation et un ensemble dexpériences sur le développement rural et les actions concourant à une meilleure garantie de sécurité alimentaire. Laction de lantenne nest pas limitée au seul Burkina Faso, elle pourra à terme intervenir au nord du Bénin et du Togo, comme dans la région ouest du Niger.
Premier contrat
A Tensobentenga, chef-lieu du département du même nom, nous rencontrons les responsables de lAssociation Song Taaba (Entraide), avec laquelle est officiellement signé, ce jour-là, un contrat daccord portant sur une phase danalyse concertée, premier pas pouvant amener, mais pas nécessairement, à un partenariat à long terme.
Pendant six mois au moins, lantenne de Fada et lAST vont travailler de concert pour cerner les problèmes de la région et dégager des propositions qui pourraient leur apporter une solution. Parallèlement, seront déjà menées quelques petites actions concrètes propres à mobiliser les paysans et à enclencher entre lassociation et les Iles de Paix une dynamique de collaboration.
Longtemps soutenue par une association de jeunes de la région dAngers, Song Taaba fonctionne en solo depuis 1992. Elle est active sur quatre départements et regroupe plus de 4.000 adhérents. Elle mène notamment un important travail dalphabétisation en assurant la formation de maîtres alphabétiseurs, au nombre desquels une importante proportion de femmes. Présidée par Djibril Yameogo, un jeune originaire de Tensobentenga et qui y a fait toutes ses classes, lAST soutient aussi dans les villages une myriade dinitiatives socio-économiques : artisanat, aménagements hydrauliques, activités féminines, élevage, agriculture Nous avons ainsi pu assister au spectaculaire renforcement dune digue qui assurera au bétail une retenue deau permanente, vivre la récolte dun champ darachides exploité collectivement par un groupe de femmes, visiter un réparateur de deux roues, dont la formation a été assurée par lassociation, voir en pleine action un atelier féminin de fabrication de savons
Song Taaba est manifestement une association très dynamique, qui na pas attendu un soutien extérieur pour entamer une action de grande ampleur et fédérer autour delle le monde paysan. Voilà a priori, pour les Iles de Paix, un partenaire potentiel plein dintérêt. Vont se dérouler dans les prochains mois toute une série dateliers de réflexion et de voyages détude qui permettront à ce groupe de mieux cerner la problématique de la région et de définir sa stratégie dintervention. A lissue de tout ce processus, il sera possible denvisager entre les Iles de Paix et Song Taaba les modalités dune éventuelle collaboration à long terme.
Toute une région mobilisée
A Mahadaga, dans la région du Gobnangu, au sud-est du Burkina, létape de lappui intensif est aujourdhui clairement entamée. Cela fait près de deux ans que les Iles de Paix soutiennent le travail de lassociation Tin Suani (Travaillons ensemble) et des unions de groupements quelle fédère.
Quatre jours, ce nétait pas trop pour découvrir les multiples facettes dune action qui porte aussi bien sur lartisanat, la formation, lagriculture que lélevage ou laménagement rural.
Un des problèmes majeurs de la région, largement partagé par lensemble du pays, est la manque et lirrégularité des pluies, qui compromet gravement le rendement des cultures traditionnelles vivrières. Deux commissions formées au sein de Tin Suani, semis et hydraulique, sefforcent de surmonter cette difficulté. La première a entrepris tout un travail de fond pour sélectionner et acclimater des semences mieux adaptées aux nouvelles conditions climatiques que connaît la région. Ces semences sont testées par des paysans, ce qui permet dobtenir des comparatifs de rendements. En cas de succès des nouvelles espèces, des réunions sont organisées dans les villages afin de diffuser aussi largement que possible leur utilisation. La commission hydraulique a de son côté piloté laménagement dune vingtaine de puits, dont certains ont permis le développement, notamment par des groupements féminins, dactivités maraîchères. Etonnant de découvrir dans un environnement aussi aride de splendides parcelles doignons, daubergines ou encore de manioc. Mais, les grands chantiers de demain concerneront laménagement dans des bas-fonds de digues ou de petits barrages qui permettront dy poursuivre les cultures au-delà de la courte saison des pluies. Une agence spécialisée a réalisé une étude sur une dizaine de sites, elle rend compte aujourdhui de ses travaux aux paysans qui décideront des solutions à mettre en uvre dans leurs villages respectifs.
Car cest bien la participation et la responsabilisation des paysans quentend mettre au premier plan Tin Suani. En ce mois de décembre sont programmées les journées de lassociation. Elles réuniront des représentants de tous les groupements villageois qui seront amenés à réfléchir ensemble sur toutes les problématiques de la région et à choisir en connaissance de cause quelles solutions ils entendent mettre en application. Tout un travail danimation qui doit nourrir et impulser le processus de développement que sapprêtent à engager les populations. Dans la région du Gobnangu, lannée 2001 sera, sans nul doute, loccasion dun grand pas en avant.
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Etape à Yalogo
La fin de voyage, ce fut lémouvante étape à Yalogo, que les Iles de Paix ont quitté fin 1999 et où les paysans sassument désormais seuls, tout en bénéficiant encore dappuis ponctuels dans le cadre de la phase de solidarité continuée de notre projet.
Dans cette région située aux marches du Sahel, plus encore quà Mahadaga, une saison des pluies médiocre a durement touché les cultures traditionnelles de mil, de sorgho, de maïs Les paysans ont donc plus que jamais mis le paquet sur la riziculture irriguée, qui savère décidément cruciale pour la sécurité alimentaire de la région. Nous sommes arrivés en pleine récolte du riz et les rendements sannoncent exceptionnels, de lordre de cinq à six tonnes à lhectare. Le maraîchage irrigué à partir de lac est aussi pour la région une planche de salut providentiel. Les dix-sept hectares exploités par le village de Boussancé sont à cet égard impressionnants. Là, cest dabord lodeur de loignon qui vous remplit les narines et cest merveille que de découvrir ces vastes parcelles dun vert tendre quirrigue un ingénieux réseau de canaux entrecroisés.
Au cur du village de Yalogo, lancienne base des Iles de Paix sest reconvertie et fourmille dactivités. La coopérative de services créée par les anciens animateurs locaux du projet y a trouvé place, des locaux abritent les réunions et les formations organisées par les groupements rizicoles, un centre de lecture et danimation culturelle reçoit adultes et enfants des écoles, tandis quun petit local est en voie daménagement pour accueillir - une première pour la région une caisse dépargne et de crédit.
On a le sentiment, à Yalogo, que la boucle est bouclée, que le tissu socio-économique local est apte à résister à lusure du temps, que les populations ont pris en mains leur destin. On ne pouvait rêver plus belle étape que celle-là pour clôturer notre petit tour du Burkina Faso.
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