L’accès aux petits marchés sont essentiels pour les producteurs péruviens

« Les productrices et producteurs que nous accompagnons s’en sortent actuellement plutôt bien » rassure Gaël de Bellefroid, directeur d’Iles de Paix au Pérou. « Avec des fermes très diversifiées, nos familles sont en bonne partie autosuffisantes. Le principal problème, c’est l’acheminement de leurs surplus de production vers les points de vente. » Si la pandémie a démarré plus tard qu’en Europe, les mesures ont en effet été directement drastiques avec la mise en quarantaine du pays. Un relâchement a été observé après quelques semaines, notamment avec les magasins ouverts de manière informelle. Par contre, la question du transport est demeurée problématique. « Les taxis collectifs utilisés par les petits producteurs avec quelques kilos à vendre en ville ne roulent plus, ou alors embarquent 1 personne au prix de 4 ! Les petits transporteurs assurant les acheminements dans les deux sens entre les campagnes et Huánuco sont à l’arrêt. » Seuls les gros transporteurs circulent avec des permis octroyés par la police conformément au respect de diverses règles administratives.

Par conséquence, un rapport de force défavorable aux agriculteurs s’est installé, alors que la période est à la récolte. Le coût des transports est multiplié par 2, 3 ou 4 tandis que les prix d’achat négociés aux champs sont très bon marché. C’est particulièrement grave pour les producteurs en monoculture, comme la pomme de terre.

« Pour ma part, pendant cette quarantaine, je suis relativement tranquille parce que j’ai de quoi subvenir à mes besoins grâce aux produits agroécologique qu’on produit sur nos parcelles. J’achète du riz, des pâtes et quelques autres produits, mais je n’ai pas besoin d’acheter d’autres légumes au marché. Et j’utilise le compost, que nous préparons nous-mêmes ici. Ceux qui n’ont pas de ferme diversifiée souffrent beaucoup plus de la pauvreté. »

Edit Silvia Laurencio Aquino, agricultrice de Umari au Pérou

L’accès au marché constituant un sérieux problème, Iles de Paix s’est joint à la démarche du ministère régional de l’agriculture pour organiser des marchés tournants avec des producteurs. « Ces derniers sont ravis de pouvoir écouler leurs produits dans de bonnes conditions de sécurité sanitaire » souligne Gaël de Bellefroid. « Nous les avons donc aidés à rejoindre ces lieux de vente ». L’action pourrait prendre davantage d’ampleur puisque ce ministère régional verrait d’un bon oeil la reprise de cette activité par les ONG. « Nous y réfléchissons car c’est un réel soutien pour nos familles. Il est essentiel que les petits producteurs se rendent compte de leurs capacités à vivre dignement dans les campagnes afin qu’ils ne basculent dans la migration vers les grandes villes, comme beaucoup d’autres. » La crise a d’ailleurs ramené sur leurs terres rurales de nombreux exilés qui vivaient de l’économie informelle (taxis, commerce ambulant, construction, etc.). Avec l’appui d’Iles de Paix, les petits producteurs continuent à défendre l’agriculture familiale durable et la transition agroécologique. Si cette vision est partagée au niveau régional, elle reste peu écoutée par le ministère national de l’agriculture qui privilégie les grandes exploitations exportatrices situées sur la côte. Pourtant, ce sont bien les petits producteurs, qui nourrissent la population péruvienne, et encore plus en cette période.