Le virus ne connaît pas de frontières, heureusement la solidarité non plus

#TogetherAgainstCorona

Ce mardi 5 mai, un appel à la solidarité internationale (#TogetherAgainstCorona) a été lancé en Belgique. A l’initiative du CNCD-11.11.11 et de son homologue néerlandophone 11.11.11, les ONG signataires, dont Iles de Paix, demandent que des mesures soient prises pour permettre aux gouvernements des pays en développement de protéger leur population et faire face aux conséquences de la crise. 

Le coronavirus menace de porter un coup fatal à des millions de personnes dans le monde, en particulier dans les pays du Sud, dans un contexte où les crises s’accumulent. Nous ne pouvons pas laisser cela se produire. Des dizaines d’organisations belges de solidarité internationale appellent à des solutions durables et basées sur la coopération.

L’impact du virus expose douloureusement les inégalités déjà existantes. Des soins médicaux insuffisants ou inaccessibles, un manque de protection sociale et des communautés déchirées par les conflits. Selon leur lieu de résidence et leur situation économique, les gens se battent à armes inégales contre la plus grande crise sanitaire de l’histoire récente.

Rester chez soi et se laver régulièrement les mains n’est pas une chose qui va de soi pour tout le monde. Trois milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable ou aux soins de santé. Des millions vivent dans des bidonvilles surpeuplés où la distanciation sociale est impossible. Dans les camps de réfugiés, des centaines de personnes se partagent chaque robinet. Les écoles ferment, les femmes et les enfants sont victimes d’une violence domestique croissante. De nombreux régimes profitent de la situation actuelle pour limiter attaquer les libertés individuelles, recourir à la force de manière disproportionnée, s’en prendre aux minorités et à toute personne qui s’oppose à leur politique.

Que faites-vous lorsque vous tombez malade au Mali, qui ne dispose que de trois respirateurs pour un million d’habitants ? Des millions de personnes perdent actuellement leur emploi, en particulier dans le secteur informel, sans filet de sécurité sur lequel s’appuyer. Les chaînes de production alimentaire sont perturbées. Cette crise risque donc de faire plonger des centaines de millions de personnes vulnérables dans la pauvreté et la faim. Les femmes, qui ont un accès plus réduit aux emplois formels et à la protection sociale, et qui prennent en charge une bonne partie des soins aux malades, sont particulièrement impactées par cette crise.

Nous ne pouvons faire face à ce type de crise mondiale avec succès qu’avec une coopération et une solidarité internationale avec les plus vulnérables. Dans la lutte contre ce virus, nous ne sommes pas plus forts que le maillon le plus faible. Partout dans le monde, des personnes et des organisations s’engagent pour protéger chacune et chacun, pour garantir des conditions de vie et de travail structurellement décentes aujourd’hui et demain. Elles méritent notre soutien.

Le virus ne connaît pas de frontières, mais heureusement la solidarité non plus. C’est pourquoi, ensemble, nous appelons à :

Protéger la santé de chacune et chacun contre le COVID-19

Nous avons toutes et tous droit à une bonne protection contre le virus, en particulier les personnes vulnérables. Tout le monde a droit à des informations fiables et doit avoir accès à de l’eau et du savon, à un lieu sûr dans lequel se retirer. Chacun devrait avoir accès à un hôpital et un futur vaccin devrait être accessible à l’ensemble de la population mondiale. Non seulement le COVID-19 ne peut être isolé des nombreuses autres maladies qui affectent principalement le Sud (malaria, SIDA, Ebola…), mais il pose des défis supplémentaires, notamment en termes de santé mentale. La pandémie actuelle doit donc être abordée dans une approche globale et universelle de la santé.

Nous appelons donc à investir mondialement dans l’égalité d’accès à la prévention et à des soins de santé solides.

Assurer une protection sociale pour toutes et tous

Un Etat démocratique est la meilleure garantie pour protéger les citoyens. Partout dans le monde, les gens perdent leurs revenus. De nombreux pays occidentaux soutiennent financièrement leurs citoyens. Tous les pays n’ont cependant pas les moyens de le faire. Des millions de personnes vivent de l’économie informelle et doivent se débrouiller pour nourrir leur famille au quotidien. Un travail et un revenu décents sont nécessaires pour que chaque personne puisse surmonter cette crise.

Nous appelons à investir dans le renforcement de la protection sociale dans le monde entier.

Garantir le respect des droits humains pendant et après la crise

La crise du coronavirus menace tous les droits humains. Il importe donc que ceux-ci soient le socle de toutes les politiques pour l’affronter. Les droits civils et politiques doivent être protégés et toute limitation des libertés proportionnelle et temporaire. La protection contre la violence domestique doit être renforcée dans les contextes de confinement. Au-delà de la santé et de la protection sociale, les droits économiques et sociaux tels que le droit à une éducation de qualité, à une alimentation saine, à un travail décent doivent être garantis pour toutes et tous, quel que soit notre statut légal.

Nous appelons à unir nos forces pour protéger tous les humains, aujourd’hui et demain.

Laisser les épaules les plus fortes porter les charges les plus lourdes

Une récession économique mondiale approche ; elle s’ajoute à la crise climatique à laquelle les pays du Sud sont déjà confrontés. Les pays riches doivent apporter une contribution équitable. Toutefois, l’aide au développement ne soulagera pas toutes les souffrances. Les États du Sud doivent être en mesure de surmonter cette crise grâce à une fiscalité interne équitable et à l’exploitation durable de leurs ressources naturelles. De plus, les gouvernements du Sud doivent pouvoir utiliser leurs ressources pour faire face à ces crises urgentes et non pour rembourser des dettes insoutenables.

Nous demandons que la facture de la crise du coronavirus soit payée de manière équitable et donc que les ressources nationales et internationales soient mobilisées et redistribuées équitablement.

Construire une économie socialement et écologiquement juste

Nous ne pouvons pas revenir au monde d’hier. La crise actuelle doit être l’occasion d’accélérer la transition vers une société à bas carbone. Une prospérité partagée dans les limites de la planète, et une économie à taille humaine qui garantit l’égalité doivent être au coeur de cette démarche. Notre système alimentaire doit être profondément modifié afin de le rendre plus résistant aux différentes crises. Le soutien aux entreprises à la suite de la crise du coronavirus doit être accordé en fonction de ces valeurs.

Nous demandons que la reconstruction économique soit entièrement axée sur la transition nécessaire vers une économie socialement et écologiquement juste.

Renforcer la coopération

Un monde résilient face aux crises est un monde fondé sur la coopération internationale. Un monde dans lequel la solidarité et les initiatives citoyennes s’épanouissent.

Sur tous les continents, des personnes et des organisations travaillent jour après jour pour offrir une issue à cette crise, pour informer les citoyennes et les citoyens, pourvoir à leurs besoins fondamentaux défendre leurs droits et promouvoir un changement structurel. Ces acteurs et actrices du changement méritent notre soutien. Ce sont ces personnes qui combattent ce virus chaque jour, il est de notre devoir de les écouter et de les soutenir lorsque cela est possible.

Le coronavirus montre que nous ne pouvons faire face à ce genre de crise qu’avec une coopération mondiale. Ensemble, nous pouvons faire mieux, non seulement dans le cadre de la crise actuelle, mais aussi pour faire face aux multiples défis actuels et futurs.