Tanzanie : Le bon grain et l’ivraie

Séparer le bon grain de l’ivraie, c’est tout un art. D’autant plus en matière de semences agricoles.

De retour de Tanzanie où il a participé à plusieurs jours d’ateliers sur la thématique des semences avec les partenaires d’Iles de Paix, notre chargé de plaidoyer, François Grenade, nous décrit la situation sur place.

  • En Tanzanie, comme un peu partout dans le monde, l’utilisation de semences locales et la tradition paysanne de reproduire les semences est mise à mal et perd du terrain face aux semences industrielles.
  • Cette tendance est renforcée par la politique gouvernementale tanzanienne : dans le domaine agricole, le soutien public à l’agriculture se compose essentiellement d’un soutien à l’usage de semences hybrides via des subventions et des distributions gratuites aux agriculteurs. Les systèmes semenciers gérés directement par les agriculteurs ne sont pas reconnus par la loi, ces semences représentent pourtant 80% des semences utilisées dans le pays ! La loi sur les semences ne parle que des semences industrielles et cette loi pourrait être interprétée de façon à criminaliser la vente, voire l’échange de semences paysannes, activités pourtant essentielles pour les producteurs agricoles sur petite échelle.
  • Ce cadre politique favorise clairement les entreprises semencières nationales et transnationales et, à l’instar d’autres régions du monde, fait peser des menaces sur la biodiversité agricole, les savoirs faire des paysans et leur autonomie. Un risque très important est l’augmentation de la dépendance pour les productrices et producteurs, obligés d’acheter des semences chaque année auprès d’entreprises semencières au lieu de pouvoir reproduire, échanger et vendre leurs propres semences.

La position d’Iles de Paix en Tanzanie et ailleurs sur la question semencière est claire : nous voulons que les paysannes et paysans aient un véritable choix et aient la possibilité d’utiliser, s’ils le désirent, des semences paysannes, libres de droit et adaptées aux territoires cultivés. Ce choix, qui permet aux paysans de rester maîtres de leur destin, est aujourd’hui mis à mal.

C’est pourquoi, en Tanzanie, avec les partenaires et les agriculteurs, nous avons décidé de parler de ce problème et de réaliser des actions de plaidoyer et de sensibilisation, pour que les pouvoirs publics tanzaniens non seulement reconnaissent l’existence de ces semences paysannes mais également puissent soutenir ces systèmes de semences. Notre volonté est que nos bénéficiaires, mais également tous les agriculteurs sur petite échelle en Tanzanie, puissent bénéficier de semences qui soient adaptées à leurs besoins et à leurs territoires, et qui soient libres de tout droit de propriété intellectuelle pour préserver leur autonomie.