#Yes2Agroecology : quels sont les résultats de notre campagne ?

Notre campagne a créé une ouverture pour que la coopération belge au développement soutienne de manière plus importante l’agroécologie, mais rien n’est encore gagné

Le 9 juin dernier, 19 ONG membres de la Coalition Contre la Faim lançaient ensemble #Yes2Agroecology. Derrière cette campagne, il y a un travail de fourmis qui a duré plus d’un an et a mobilisé de nombreuses personnes. Est-ce que le jeu en a valu la chandelle ?  Quelques semaines après ce lancement, quel est le bilan de cette action collective ?

#Yes2Agroecology est une campagne qui demande à la Belgique de faire de l’agroécologie une priorité dans ses politiques de développement. Face aux enjeux sociaux et environnementaux auxquels sont confrontés les systèmes alimentaires aujourd’hui, il est important que les financements de la Belgique ne soutiennent pas un modèle agricole (celui de la révolution verte) qui a largement démontré ses limites, au Nord comme au Sud, et que la Belgique soutienne le développement au Sud d’une agriculture dont les impacts positifs sur la sécurité alimentaire et l’environnement ont été démontrés : l’agroécologie.

Dès le 8 juin, un jour avant le lancement officiel de la campagne sur les réseaux sociaux, un article est publié du côté néerlandophone dans De Standaard, il est intitulé « Seule une fraction de l’aide au développement belge va à l’agriculture durable ». Celui-ci fait, dans l’après-midi même, l’objet d’un débat en Commission de Relations Extérieurs du Parlement. Différents parlementaires, qui viennent de voter la création d’un groupe de travail sur la sécurité alimentaire, interpellent le ministre de la coopération Alexander de Croo à ce propos. Après une première évaluation indépendante qui démontrait le peu d’attention de l’aide au développement à la sécurité alimentaire, ces nouvelles révélations créent un débat important sur le rôle de la Belgique pour lutter contre la faim, pour soutenir la nécessaire transformation vers des systèmes alimentaires durables au Sud.

La campagne est lancée le lendemain sur les réseaux sociaux et est largement partagée dans ses versions anglaises, néerlandaises et françaises. À sa suite, nous recevons des messages de soutien de plusieurs partis et parlementaires. Là est bien l’objectif de cette campagne : créer un soutien du monde politique à la nécessité de soutenir la transition agroécologique. Ce soutien pouvant se traduire ensuite soit via une pression du parlement sur la politique de coopération, soit via l’accord du futur gouvernement belge de plein droit, qui se fait toujours attendre.

Mais la campagne nous a permis des avancées encore plus directes : le ministre, habituellement hermétique aux revendications de la Coalition Contre la Faim, a demandé à l’administration de voir dans quelle mesure nos revendications pouvaient s’intégrer dans le travail actuel de la coopération. L’administration est donc en train d’étudier comment renforcer la prise en compte de l’agroécologie dans la coopération au développement. Il s’agit là d’une ouverture intéressante que nous allons suivre avec attention.

La pandémie du Covid-19, et ses conséquences importantes sur la sécurité alimentaire, questionne nos politiques de coopération et met en avant la nécessité de renforcer des systèmes alimentaires locaux et résilients. Nous ne sommes pas les seuls à demander une transformation suite à la crise sanitaire, comme en témoigne une récente carte blanche.

Il est un peu tôt pour tirer un bilan de cette campagne, il reste encore un long processus et beaucoup de travail de suivi pour transformer l’essai en réalité concrète pour les paysannes et paysans du Sud… mais une transformation et une prise de conscience sont en cours, qu’on se le dise !