En 2024, Iles de Paix ne se résignera toujours pas !
La faim dans le monde ne cesse d’augmenter. Le dérèglement climatique s’accélère. Mais face à ces réalités, les équipes d’Iles de Paix, leurs partenaires, les agricultrices et agriculteurs, les consommatrices et consommateurs, et les enseignantes et enseignants de par le monde refusent de se résigner. Ces hommes et ces femmes continuent à s’engager inlassablement pour un changement durable. Production d’engrais organiques, diversification du champ, voyage de formation, création de marchés agroécologiques… Dans ce dossier, découvrez pays par pays, une activité spécifique (parmi tant d’autres !) qui sera mise en oeuvre et renforcée dans les programmes prévus pour l’année 2024.
Ce dossier est tiré du numéro 141 du magazine Transitions.
Bénin
Fabrication d’engrais liquides organiques

Depuis la guerre en Ukraine, les prix des engrais chimiques ont flambé dans le pays, suite à une diminution drastique des importations. Les productrices et producteurs béninois sont ainsi confrontés à une chute importante de leurs rendements. Face à cette difficulté, pas de
résignation !
Kouyétou Koudome, producteur dans la commune de Boukoumbé, raconte :
« A la suite d’une assemblée villageoise, il a été décidé d’installer une unité de production d’engrais liquides organiques chez moi. L’unité est mise à disposition pour tous et un comité de gestion a été mis en place. Ce comité fait le point de la production des intrants. Le partage du liquide obtenu se fait également en assemblée villageoise. La création de cette unité nous a permis de suivre une formation à la production de ce type d’engrais. Un expert nous a transmis les techniques de production et grâce à l’unité, on a pu fabriquer cet engrais.
A présent, au démarrage des pluies, une séance villageoise est convoquée et chaque participant apporte des mauvaises herbes et des feuilles utilisables pour la fabrication du produit. Il y a plusieurs avantages à l’engrais liquide organique : la croissance des plants, même en période de sécheresse, une connaissance parfaite de la composition du produit, un coût de production réduit, moins de parasites, la restauration de la fertilité des sols, une commercialisation aisée, des récoltes plus qualitatives, etc. De mon côté, par exemple, cet engrais m’a permis d’économiser de l’argent cette année. Sur toutes mes superficies de maïs, je n’ai utilisé que ça et j’ai obtenu de bons rendements. Il est important de former d’autres ménages l’année prochaine, afin de réduire la dépendance vis-à vis des engrais chimiques importés et d’en limiter les impacts sanitaires dans les ménages. Mais surtout, de créer un mouvement pour une transition commune vers la production agroécologique ! »
En 2024, au Bénin, Iles de Paix, les partenaires ERAD ONG et Jura Afrique Bénin, ainsi que les communautés, renforceront donc la mise en place d’unités de production d’engrais liquides organiques.
Bolivie
Sensibilisation des consommateurs

En Bolivie, Iles de Paix et son partenaire la Fundaciòn AGRECOL Andes promeuvent l’approche de l’économie sociale et solidaire. Ensemble, ils sensibilisent les consommatrices et consommateurs aux circuits courts. Car ce sont les personnes qui consomment, qui permettent de renforcer la disponibilité d’aliments agroécologiques, sains et nutritifs.
Mercedes Alcocer Heredia, enseignante à la retraite, vit à Cochabamba. Depuis quelques années, elle consomme ces produits agroécologiques.
« Pour soutenir efficacement les producteurs agroécologiques de ma région, je fais leur publicité dans tous les endroits où je me trouve : auprès des chauffeurs de taxi qui m’emmènent, auprès de mes amis, de ma famille et de mon environnement social. Les aliments en circuit court sont excellents, naturels, exempts de produits chimiques. En outre, ils se conservent plus longtemps. Par exemple, le céleri et les épinards que j’ai achetés il y a une semaine sont encore frais. Grâce à plusieurs visites dans des fermes, je connais les agricultrices et agriculteurs. J’ai pu constater et découvrir la façon dont ces familles produisent les aliments. La dernière fois, nous avons visité une usine de transformation de l’amarante et nous avons pu constater le travail incroyable des producteurs. »
En 2024, la Bolivie ne se résignera pas ! La Fundaciòn AGRECOL Andes continuera son travail de soutien aux organisations de production, à leur accréditation et à leur participation active aux circuits courts de commercialisation. Au programme est aussi prévue une plus grande dynamisation des groupes de consommateurs. Ce dernier aspect permettra de les sensibiliser davantage à une consommation responsable, saine et nutritionnelle. La stratégie consiste à organiser des rencontres entre producteurs et consommateurs dans le cadre de tournées et de visites sur le terrain, ainsi que des ateliers spécifiques pour les consommateurs sur la production agroécologique, la transformation, la santé et leurs droits en matière d’alimentation.
Burkina Faso
Mise en place de la recherche-action paysanne

En 2023, Iles de Paix et son partenaire Diobass Écologie et Société ont mené une phase d’initiation de producteurs pour qu’ils constituent des groupes de recherche-action, dans le cadre du programme Wakât-Teoongo. L’année prochaine, seize groupes seront accompagnés par le programme pour mener cette recherche-action paysanne. Mais, c’est quoi un groupe de recherche-action paysanne (GRAP) ?
A Ouagadougou, le coordinateur de Diobass, Parfait Saka, nous explique : « L’approche de recherche-action paysanne se différencie par le fait que la recherche est menée par, pour et avec les agricultrices et agriculteurs. Il revient aux communautés de décider quels défis locaux sont à solutionner.
Ce sont donc eux qui déterminent les thématiques de recherche et qui conduisent les expérimentations selon leurs propres démarches. Ainsi, ils peuvent prendre conscience des causes des problèmes auxquels ils sont confrontés et faire appel à leurs connaissances endogènes pour solutionner ces difficultés (souvent inhérentes aux dérèglements climatiques). Les solutions proposées sont plus accessibles et souvent moins couteuses. Le recours aux connaissances endogènes permet leur valorisation et le développement de l’expertise paysanne. Concrètement, un GRAP va donc définir son thème
de recherche et mettre en oeuvre un programme au travers d’expérimentations de solutions. Ensuite, le groupe met en oeuvre les innovations qui en découlent. Nous faisons le suivi méthodologique et technique et mettons les différents GRAP en relations avec les services techniques, les projets et les institutions qui peuvent les aider dans l’atteinte de leurs objectifs.
Le développement rural est en cours de mutation. Il faut privilégier un développement co-construit où les différents actrices et acteurs (paysans, techniciens, chercheurs etc.) développent le partenariat et le partage de connaissances, ainsi que les résultats de recherche. Pour Diobass, il n’y a pas de savants ni d’ignorants. Tous les acteurs apportent leurs pierres à la construction de l’édifice du développement. »
Notre équipe au Burkina Faso, les partenaires et les communautés soutenues par le programme ne se résigneront donc pas. Ensemble, ils continueront à lutter contre les dérèglements climatiques et les autres obstacles à la transition agroécologique, afin de continuer à renforcer la sécurité alimentaire.
Ouganda
Groupements villageois d’épargne et de crédit

À Kicwamba, Asaba Besweri est un agriculteur qui participe au programme ougandais Mpanga Super Farmers. Ce programme est mis en oeuvre par Iles de Paix et ses partenaires JESE (Joint Effort to Save the Environment), RCA et KRC.
Asaba nous raconte comment face aux difficultés de la transition agroécologique, il refuse de se résigner. En 2024, il poursuivra l’amélioration de son activité, notamment au travers de l’épargne. « En plus de la planification, des pratiques agroécologiques et de la diversification de nos activités, le programme nous a formés à la méthodologie des groupements villageois d’épargne et de crédit. Cela nous permet, en tant que communauté, d’épargner chaque semaine. J’ai personnellement développé une culture de l’épargne qui me permet d’atteindre des objectifs précis. En tant que groupe, ces dynamiques d’épargne et de crédit nous ont rapprochés et ont mis l’accent sur l’esprit de solidarité. En tant que membres, nous nous embarquons maintenant dans un voyage de l’identité individuelle à l’identité sociale. Aujourd’hui, je ne me considère plus comme un paysan solitaire mais je pense aux biens communs de mon village. C’est désormais la tendance générale dans notre région, ce qui n’était pas le cas auparavant. Nous planifions ainsi le lancement d’une commercialisation collective de nos produits, en particulier des bananes, afin de les vendre collectivement et de gagner plus d’argent. Nous faisons cela pour le bien commun et le progrès de chacun, afin de minimiser l’exploitation par les intermédiaires. Le suivi régulier par les responsables du programme nous motive à continuer d’améliorer notre exploitation agricole.. De plus en plus, d’autres ménages qui ne sont pas des bénéficiaires directs du programme, nous imitent et reproduisent certaines des pratiques agricoles. J’espère que le programme continuera d’entrainer une transformation totale de notre société. »
Pérou
Commercialisation agroécologique

L’une des composantes du programme péruvien pour 2024 sera l’importance grandissante de la commercialisation des produits sains et locaux dans la ville de Huánuco, au Pérou. En effet, bien que la question de la commercialisation reste un noeud complexe dans l’approche de la transition vers des systèmes alimentaires agroécologiques, Iles de Paix et les partenaires Islas de Paz, IDEL et IDMA refusent de se résigner.
Cynthia Santillan Ibarra travaille pour Islas de Paz et s’occupe d’un projet bien particulier : le Punto Verde. « La principale difficulté des productrices et producteurs reste l’accès au marché à cause des coûts de transport élevés. C’est dû à la distance entre les fermes et la ville et, actuellement aussi, à la hausse du prix des carburants. Cela suppose une logistique compliquée pour les personnes qui produisent agroécologiquement. Par ailleurs, pour rester compétitifs face aux produits conventionnels, ils doivent rogner sur leurs marges. Le Punto Verde est donc un point de vente dédié à la production agroécologique. Mais c’est aussi et surtout un espace de solidarité et de rencontre entre productrices, producteurs, consommatrices et consommateurs. Il s’agit d’un espace où se construit une relation de confiance. Pour cela, nous insistons sur les activités de sensibilisation et d’échanges, qui visent à rapprocher les réalités des producteurs agroécologiques de celles des consommateurs urbains. Le Punto Verde garantit un espace différencié pour la vente agroécologique que nous soutenons. On y valorise la qualité des produits et on y crée une proximité entre les personnes qui produisent et celles qui consomment. Pour renforcer cet aspect, nous organisons des visites à la ferme. La relation de confiance qui en découle entre les consommateurs et les producteurs est un gage de durabilité. En 2024, nous allons chercher à augmenter le nombre de personnes qui viennent vendre leurs produits au Punto Verde. Nous allons aussi entamer la création d’un collectif de consommateurs agroécologiques, en continuant notamment avec les visites à la ferme. Et puis, à terme, nous souhaitons voir le Punto Verde se développer. Mais nous voulons aussi en ouvrir un autre dans le marché central de la ville de Huánuco. »
Tanzanie
Diversification de la production

En Tanzanie, près de 70 % de la population active travaille dans le secteur agricole. Les moyens de subsistance de la majorité de la population dépendent donc de l’agriculture, ce qui la rend vulnérable aux dérèglements climatiques comme les inondations et les sécheresses, de plus en plus fréquentes. Mais pas de résignation à l’horizon !
Julius Akoonay, agriculteur dans le village de Lambo, explique comment la diversification a déjà transformé son activité. « Avec ma femme, mes cinq fils et ma fille, nous travaillons dans notre ferme qui surplombe la vallée. Avant, nous ne cultivions que du maïs et des haricots et avions un peu de bétail. Nous achetions des légumes frais pour notre consommation à des agriculteurs situés dans des vallées éloignées. Au travers des programmes Kilimo Endelevu et et Kilimo Endelevu +, nous avons commencé à changer radicalement nos pratiques agricoles. Nous cultivons maintenant des bananes, des arbres fruitiers, une variété de légumes à feuilles, des tomates, des citrouilles et diverses sortes de maïs et de haricots traditionnels. Nous avons également ajouté des chèvres, des cochons et des poulets à notre élevage. Nous développons des techniques pour améliorer la qualité de nos terres. Parmi ces techniques, on retrouve la culture associée, la formation de courbes de niveau, l’utilisation de fumier provenant de notre bétail, l’irrigation au goutte-à-goutte et l’utilisation de pesticides naturels.
Grâce à nos efforts, notre ferme est en excellent état. Notre production a augmenté. Nous avons plus de nourriture de qualité pour nous-mêmes et nous pouvons vendre le surplus pour répondre aux autres besoins de notre ménage. Mes enfants, dont les plus âgés fonderont peut être bientôt leur propre famille, ont appris que l’agriculture peut être une activité rentable. » Iles de Paix et les partenaires tanzaniens, RECODA et MVIWA-Arusha, continueront de travailler la diversification agricole en 2024.
Belgique
ECMS : Voyage de formation pour enseignants
Le programme d’Éducation à la Citoyenneté Mondiale et Solidaire, qui prend place en Belgique, comprend de nombreuses activités. En 2024, parmi toutes ces activités, aura lieu un nouveau voyage de formation pour enseignants. Une douzaine de professeurs se formeront pendant plusieurs mois avant de s’envoler pour quelques jours vers la Tanzanie. À leur retour, ils joueront un rôle crucial de sensibilisation au sein de leur établissement scolaire.
Léa Jacob-Paquay, enseignante d’étude du milieu au Centre Scolaire Saint-François
Xavier 1 à Verviers, faisait partie du dernier voyage de formation qui a eu lieu en 2022.
« Lors du voyage de formation, j’ai été positivement surprise par la manière dont
les agriculteurs que nous avons rencontrés s’occupent de leur production agroécologique, issue souvent de semences locales, avec des méthodes adaptées et des engrais naturels. Leurs fermes respectent la terre et s’adaptent clairement au climat tanzanien, malheureusement fort impacté par le réchauffement climatique. L’entraide est très
présente entre les agriculteurs. Découvrir la manière dont ces activités sont organisées en Tanzanie a joué un rôle important dans mon rôle d’enseignante. A mon retour, j’ai souhaité transmettre cette expérience à mes élèves de plusieurs manières. De manière générale, il fallait les sensibiliser à l’importance de l’agriculture durable, surtout compte tenu des enjeux actuels que nous rencontrons. Le séjour en Tanzanie peut s’intégrer facilement dans mes cours de géographie ou d’étude du milieu en abordant les milieux ruraux, les aléas, l’agriculture. Je l’ai donc partagé à travers plusieurs séquences afin de donner plus de concret à mes élèves. »
Avec les élections l’année prochaine, Alice Jandrain, chargée de plaidoyer et de recherche pour Iles de Paix, a du pain sur la planche ! Elle nous explique son plan de travail pour 2024. « Le plaidoyer d’Iles de Paix repose sur le droit à l’alimentation et sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des personnes travaillant dans les zones rurales. Jusqu’à présent, nous réalisons ce plaidoyer de deux façons : d’une part à travers la Coalition contre la Faim (CCF) qui vise la politique belge de la coopération au développement dans le domaine de l’agriculture et de la sécurité alimentaire, et d’autre part à travers Agroecology in Action (AiA) qui vise les politiques belges agricoles et environnementales au niveau régional bruxellois et wallon. Le travail de plaidoyer s’effectue donc avec les élus politiques et l’administration belge. Or, au mois de juin 2024, auront lieu les élections fédérales et régionales. Pour préparer ces élections, lors de l’année qui vient de s’écouler, nous avons préparé deux mémorandums avec AiA et avec la CCF. Nous les avons présentés aux différents partis politiques belges, afin d’attirer leur attention sur l’ensemble des objectifs et s’assurer qu’ils soient pris en compte lors de la prochaine législature. L’année 2024 va donc être un moment charnière. L’après élections implique de rencontrer les nouvelles élues et les nouveaux élus politiques, et d’entreprendre une nouvelle collaboration afin de garantir la place accordée à l’agroécologie dans les politiques belges. »
Luxembourg
Animations dans les écoles
Vous le savez, au Grand-Duché aussi, Iles de Paix propose le programme d’Éducation à
la Citoyenneté Mondiale et Solidaire. En 2024, Iles de Paix Luxembourg continuera à
réaliser des animations dans les écoles. Dont celle de Valérie Sassel, enseignante de français à l’Athenée du Luxembourg. Depuis 2016, elle accueille chaque année notre chargée de projet ECMS dans sa classe. « En tant que responsable du projet 4C développement-UNESCO, en tant que déléguée UNESCO à l’Athénée, mais aussi en tant qu’enseignante de façon générale, j’ai pour mission de transmettre tous les ans un message important sur les droits humains fondamentaux, le civisme et l’engagement à mes élèves. Ces jeunes constituent notre futur. Les animations proposées par Iles de Paix permettent de sensibiliser ce public à des sujets qui me tiennent à coeur : développement durable, faim et alimentation, inégalités mondiales, dérèglements climatiques, protection de l’environnement, etc. Comme j’ai chaque année de nouveaux élèves, il est important de les sensibiliser constamment. »
Ce dossier est tiré du numéro 141 du magazine Transitions.