Frédéric Kielem est un entrepreneur et maraicher du village de Nohoungo, au Burkina Faso :
« Je suis attaché à la terre depuis tout petit. Dès l’âge de 10 ans, j’aidais mon père à cultiver du tabac et du manioc et de l’aubergine locale. À ma sortie du collège, je suis retourné à la terre.
J’ai adopté l’agroécologie de fait, parce que mon père n’utilisait ni engrais, ni pesticides chimiques de synthèse. Il avait l’habitude de produire des extraits aqueux à base de cendres, de fientes de volailles et de déjections de ruminants qu’il utilisait comme fertilisants. Il y a plusieurs années, j’ai expérimenté les intrants chimiques de synthèse durant trois campagnes de production et j’ai rencontré beaucoup de difficultés et de revers : brulis de mes cultures, mauvaise productivité ou mortalité des cultures juste au stade de fructification. En plus, les couts d’acquisition étaient prohibitifs et les cultures se portaient mal.

Racines de résilience Le maraichage au cœur de l’agroécologie burkinabè Depuis cette expérience, je suis revenu à la production selon les normes agroécologiques. Les appuis-conseils et les formations reçues de ARFA [NDLR un partenaire d’Iles de Paix au Burkina Faso] ont renforcé ma conviction que je suis sur la bonne voie et mon intérêt pour l’agroécologie. Perpétuer le travail de la terre à la suite de nos parents est selon moi un devoir qui incombe aux jeunes. Non seulement ce travail participe à l’alimentation de la société ,mais il est et demeurera pérenne, pour peu qu’on y emploie les bonnes techniques.
Garantir une alimentation suffisante et saine pour les siens, tout en participant à celle des consommateurs, est un métier, sinon une mission, valorisante et gratifiante.
La preuve de sa rentabilité économique en est que de plus en plus de diplômés et travailleurs de l’administration publique et du privé reviennent à la terre. Mes investissements (reconstructions de maisons d’habitation, soins et scolarité des enfants…) et acquisitions (achats de 3 motos sur cette dernière décennie), grâce aux revenus de mon jardinage, sont des aspects que je mets en avant et qui finissent par convaincre les plus sceptiques que l’on peut se nourrir de sa terre. En ce qui me concerne, je dédie parfois à mes enfants, qui s’investissent avec moi au jardin, quelques planches dont les revenus des ventes leur reviennent, dans l’objectif de leur faire percevoir la rentabilité économique de mon métier. »